Pour le climat, abandonner l’aéroport de Notre-Dame des Landes !

mardi 12 janvier 2016, par Maxime Combes

Lors de la COP 21, François Hollande a promis une « révolution climatique ». Elle aurait déjà du justifier l’abandon du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Voici pourquoi, en cinq arguments étayés qui devraient s’imposer à qui désire être sérieux en matière de climat.

Le 12 décembre dernier, en conclusion de la COP 21, François Hollande déclarait que « la France mettrait tout en œuvre pour appliquer l’Accord de Paris ». Cet accord réaffirme que l’ensemble des États de la planète s’engagent à « contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels ». Objectif suffisant pour invalider le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes.

Pour le climat, ne plus construire d’infrastructures climaticides

Ce ne sont pas des militants pour la justice climatique qui l’affirment. Mais les chercheurs Steven Davis et Robert Socolow, de l’université de Princeton. Dans une étude publiée en août 2014, ils montrent comment les « engagements-carbone » – carbon commitments en anglais – des infrastructures existantes hypothèquent le déploiement de nouvelles infrastructures du même type.

Leur étude porte sur les centrales thermiques. En rapportant à une même date le total des émissions que les infrastructures existantes vont relâcher au cours de leur vie, les deux chercheurs montrent, sous un jour nouveau, comment les investissements actuels dans la construction de nouvelles centrales thermiques sont absolument insoutenables.

Menée sur les centrales thermiques, « l’analyse est similaire » dans le secteur des transports selon les auteurs. Il a été calculé que les « engagements-carbone » de nos économies sont tels qu’il faudrait cesser de construire de nouvelles infrastructures liées aux énergies fossiles à compter de 2018 : rester en deçà des 2 °C implique de « stopper des infrastructures émettrices plus rapidement que celles qui sont construites » selon Davis et Socolow.

Un résultat conforme à celui énoncé par l’Agence internationale de l’énergie dès 2012 qui affirmait que « près des quatre cinquièmes des émissions de CO2 possibles d’ici à 2035 sont déjà engagées par les centrales électriques, les usines, les bâtiments existants », recommandant « des mesures pour réduire les émissions avant 2017 ».

Nous y sommes. 2017, c’est l’année prochaine.

Pour rester en deçà des 2 °C de réchauffement climatique – ou mieux 1,5 °C – énoncés par l’Accord de Paris, ne pas construire de nouvelles infrastructures climaticides devient un impératif. L’aéroport à Notre-Dame-des-Landes n’est pas un investissement d’avenir. C’est le projet-vestige d’une économie et d’une philosophie du siècle passé qu’il nous faut apprendre à dépasser.

Pour le climat, réduire les émissions (et le trafic) de l’aviation civile

Les promoteurs justifient l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes par l’augmentation future du trafic aérien. Avec une croissance de 5% par an en moyenne, le trafic aérien mondial double tous les 15 ans. Il est prévu qu’il atteigne 7 milliards de passagers à l’horizon 2032 contre 3,4 milliards en 2015. Conséquence : les émissions mondiales de l’aviation civile – qui représentent 3% des émissions mondiales – explosent : plus 80 % entre 1990 et 2012.

Pourtant, comme vient de le confirmer l’accord de Paris, le secteur de l’aviation civile est pour l’instant exempté de tout objectif de réduction d’émission de GES. Si rien n’est fait, les émissions du secteur pourraient êtremultipliées par troisdans les années à venir, selon l’Organisation de l’Aviation civile internationale (OACI). Parier sur l’augmentation du trafic aérien pour justifier la construction de nouveaux aéroports est proprement insoutenable. Inexcusable même.

Pour le climat, faire basculer les investissements dans la transition.

La France compte plus d’aéroports que l’Allemagne et le Royaume-Uni réunis, soit un tiers du nombre d’aéroports régionaux de l’Europe entière. Difficile de justifier, même pour les promoteurs du trafic aérien, un équipement inadapté. Evaluée à près de 600 millions d’euros, la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes pourrait nécessiter la mobilisation de plusieurs milliards d’euros si l’on tient compte des aménagements routiers et ferroviaires supplémentaires.

À l’heure où les investissements dans la transition sont largement insuffisants – à peine un euro est investi dans les énergies renouvelables quand près de quatre le sont dans les énergies fossiles – abandonner un tel projet d’aéroport pourrait permettre de débloquer des financements importants pour financer de véritables politiques de transition énergétique.

Pour le climat, préserver les zones humides

L’intensification de l’agriculture, l’urbanisation, les pollutions ont détruit plus des deux tiersdes zones humides de France métropolitaine au cours du 20e siècle. Telles des éponges, elles reçoivent l’eau, la stockent et la restituent, permettant de limiter les impacts des inondations et des sécheresses. Les zones humides, représentent 3 % à 4 % du territoire, sont l’un des plus importants puits de carbone terrestre avec les forêts.

Le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes présente une emprise au sol d’environ 1400 hectares dont plus de 80 % sont assimilés à une zone humide, selon l’avis du CSPNB. Des zones humides dont il apparaît qu’elles ne peuvent être compensées aisément : le travail du groupe des « décompenseurs en lutte » a montré que les surfaces impactées par le projet de Notre-Dame-des-Landes sont sous-estimées et que les zones humides sont mal caractérisées et sous-évaluées.

Pour le climat, préserver les terres agricoles

L’artificialisation des terres fait disparaître d’importantes surfaces agricoles, aussi bien en France (l’équivalent d’un stade de football toutes les 5 minutes) qu’en Europe (l’équivalent du département du Cher chaque année) ou à l’échelle mondiale (20 millions d’hectares par an selon FAO). Combinée à l’augmentation de la population mondiale, à l’instabilité des marchés agricoles et aux conséquences des dérèglements climatiques, la disparition de ces vastes étendues ne peut que créer le terreau propice à la multiplication des crises alimentaires.

À l’échelle mondiale, 70 à 80 % de la nourriture est produite par des petites fermes qui n’utilisent que 25% des surfaces agricoles, selon Grain. Il est donc essentiel de maintenir les (petits) paysans sur leurs terres, développer et soutenir des projets d’agroécologie paysanne, les circuits courts et la relocalisation des circuits de production et de consommation. Autant de propositions qui s’expérimentent d’ores-et-déjà sur le site de Notre-Dame-des-Landes comme le montrent ce dossier de la Confédération paysanne et ce reportage.

Conclusion : Bye-bye Notre-Dame-des-Landes ?

Si François Hollande et Laurent Fabius – qui se félicite d’être toujours le président des négociations climat jusqu’à novembre 2016 – sont sincères en matière de lutte contre les dérèglements climatiques, on ne voit pas bien comment ils pourraient ne pas abandonner ce projet suranné. Une révolution climatique, même pacifique, repose sur des mesures capables d’incarner les ruptures qui permettent de passer d’un monde à un autre, du monde des énergies fossiles au monde de la sobriété et des énergies renouvelables.

Ils est temps d’abandonner l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et son monde. Et d’en inventer un nouveau. Sur la base des expérimentations en cours.