NDDL et Barjac délivrent un message clair : la transition, c’est maintenant !

mercredi 2 mars 2016, par Maxime Combes

Les dizaines de milliers de manifestants du week-end contre la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL) et contre les hydrocarbures de schiste (Barjac) ont délivré un message d’une grande clarté à un gouvernement qui en manque : il est urgent d’abandonner les infrastructures et projets d’un autre âge et de se tourner vers la transition écologique et sociale.

Plus de 50 000 manifestant·e·s contre la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ce samedi. Près de 15 000 à Barjac dans le Gard, contre les hydrocarbures de schiste et pour une loi d’interdiction. Le message est clair, les exigences connues : les projets de construction de nouvelles infrastructures carbonées et d’exploitation sans limite des ressources naturelles doivent être abandonnés pour laisser place à la transition. Des exigences qui sont autant d’engagements individuels et collectifs pour se mettre en travers de ce mal-développement.

Une claque aux projets climaticides

François Hollande, le gouvernement et les collectivités territoriales ont le choix : bifurquer, en modifiant leurs décisions, leurs choix d’investissement et les régulations actuelles pour accompagner ce mouvement citoyen. Ou bien, s’ils ne changent rien, ils trouveront face à eux une population de plus en plus déterminée à bloquer les projets climaticides et inverser l’ordre de priorité des politiques publiques : la protection des écosystèmes plutôt que l’exploitation sans limite de la nature, l’abandon progressif de l’utilisation des énergies fossiles et fissiles plutôt que l’accroissement du pouvoir des multinationales (TAFTA and co), la solidarité et la coopération plutôt que la concurrence et la compétitivité, la justice et la dignité plutôt que l’arbitraire et la déchéance.

« Pour résoudre la crise climatique (…), les bons sentiments, les déclarations d’intention ne suffiront pas, nous sommes au bord d’un point de rupture ». Nous avons besoin « d’une profonde mutation, nous ne pouvons plus considérer la nature comme un vulgaire et inépuisable réservoir de ressources destiné à notre seul et plein accomplissement ». « Notre plus grand défi, c’est de passer d’une mondialisation fondée sur la compétition à un modèle basé sur la coopération ». « Nous devons penser la planète comme un espace unique, établir un pacte d’équité entre le Nord et le Sud et un partenariat entre l’homme et la nature ».

Ces paroles, prononcées par François Hollande en ouverture de la COP 21, le 30 novembre dernier, pour faire bonne figure devant les caméras du monde entier, sont sur le point de passer aux oubliettes de l’histoire : refus d’abandonner NDDL, allongement de la durée de vie des centrales nucléaires, incapacité à penser et opérer une transition agricole, décision autorisant Alteo à rejeter des produits toxiques au large des Calanques, soutien aux négociations du TAFTA ou encore à la Loi travail. Faut-il être surpris alors que le renoncement et le reniement sont devenus monnaie courante à l’Elysée et à Matignon ?

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Un souffle éthique et politique

Nous, les citoyennes et citoyens mobilisés à Notre-Dame-des-Landes et à Barjac (et ailleurs), nous ne sommes pas de celles et ceux qui changent d’avis en fonction de l’attention des media. Nous ne sommes pas de celles et ceux qui vont laisser les multinationales telles que Total ou Vinci accroître leur emprise sur nos territoires et nos vies. Nous ne sommes pas de celles et ceux qui vont accepter de voir notre avenir hypothéqué au nom de la compétitivité et du productivisme promus par des élites déconnectées du sens des réalités. Nous ne sommes pas de celles et ceux qui préfèrent incriminer le voisin et la voisine plutôt que modifier leurs politiques inefficaces.

Non. Nous, nous sommes celles et ceux qui nous battrons sans relâche pour opérer une véritable transition écologique, sociale et démocratique. Pour nous, ces mots ne sont pas sans valeur : c’est notre horizon. Un horizon d’émancipation et d’innovation, pour que demain, nous puissions vivre bien, toutes et tous, dans des territoires et sur une planète aussi préservée que possible. Face à l’état d’urgence climatique, face à l’aggravation de la crise écologique, face à l’impasse de politiques économiques néolibérales qui génèrent précarité et désespérance, les mobilisations de Notre-Dame-des-Landes et Barjac peuvent contribuer à redonner un cap collectif, un souffle éthique et politique, visant à récupérer notre avenir et mettre de côté les demi-mesures et promesses vides qui conduisent à perpétuer l’inacceptable.

Ce week-end réussi donne le coup d’envoi des mobilisations pour le climat et la transition à venir : outre le maintien de la pression contre ce projet d’aéroport suranné et contre les hydrocarbures de schiste, ces mobilisations citoyennes viseront notamment à bloquer le Davos des pétroliers qui se tiendra à Pau début avril, comme un prélude aux actions prévues dans le monde entier en mai prochain pour nous libérer des énergies fossiles (campagne BreakFree). Pour un futur juste et vivable, c’est à nous de faire respecter les lignes rouges à ne pas franchir.

P.-S.

Photo : CC Sophie Chapelle / Basta !