Bientôt une ZAD entre Lyon et Saint-Etienne contre l’autoroute A45 ?

mardi 20 septembre 2016, par Maxime Combes

Les zadistes vont-ils débarquer contre l’A45 ? Telle est l’inquiétude exprimée par de nombreux médias et commentateurs au lendemain de la mobilisation réussie contre la construction d’une deuxième autoroute, parallèle à la première, entre les deux métropoles de la région. Non-sens économique et climatique, ce projet d’autoroute détruirait des terres agricoles indispensables sans résoudre les problèmes de mobilité dans la région : de quoi susciter une forte mobilisation citoyenne dans les mois à venir.

« La Région sera responsable d’une future ZAD » titre Lyon capitale pour rendre compte du rassemblement contre l’A45 organisée sur la ferme du Mornantais, une ferme qui serait défigurée par la nouvelle autoroute. Au total, et malgré la pluie, ce sont près de 2000 personnes qui ont pris part aux mobilisations contre l’A45 ce dimanche 18 septembre : 34 tracteurs et près de 200 vélos ont conduit et animé les deux déambulations manifestives – ou tracto-vélos – qui, parties de Brignais et La Talaudière, ont mis en valeur les territoires menacés ainsi que la solidarité et la détermination des paysan.e.s, habitant.e.s, élu.e.s et associations mobilisés contre ce projet d’autoroute.

Ressortie des cartons par Laurent Wauquiez, président de la région Rhône-Alpes et président du parti Les républicains, et entérinée par Alain Vidalies, secrétaire d’État aux transports rattaché à la ministre de l’environnement Ségolène Royal, l’autoroute A45 (payante), dont la construction et l’exploitation doivent être confiées à Vinci, vise à relier les faubourgs de Lyon (Brignais) aux faubourgs de Saint-Etienne (La Fouillouse), empruntant un tracé strictement parallèle à l’autoroute existante, qui elle est gratuite et publique (voir carte ci-dessous).

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Au nom du gain de temps (marginal et limité au strict temps de parcours sur l’autoroute) et du désenclavement de Saint-Etienne (qui n’est pas un gage de développement économique comme le montre l’exemple de la très désenclavée ville de Valence), voilà une autoroute qui renforcera les bouchons quotidiens aux entrées des deux métropoles, favorisant les mouvements pendulaires au détriment de Saint-Etienne dont la dépendance envers la métropole lyonnaise en sera renforcée. Le tout au prix de la destruction d’au moins 500 hectares de terres agricoles qui, situées à proximité des centres urbains, assurent un approvisionnement en fruits, légumes, fromages et viande de qualité, tout en fournissant de nombreux emplois directs et indirects.

Coût de l’opération ? Officiellement, 1,2 milliards d’euros (hors taxes – estimations de 2006) sur lequel il faut compter 845 millions d’argent public : le projet n’étant pas rentable sur le plan économique, Vinci exige une subvention dite « d’équilibre » auprès de l’État, qui s’est engagé à verser 422,5 millions d’euros, et des collectivités territoriales (Conseil régional, Métropole de Saint-Etienne et département de la Loire) qui ont fait voter aux mois de juin-juillet dernier des subventions d’environ140 millions d’euros chacune. Au moment où les finances des collectivités territoriales sont annoncées comme exsangues (Saint-Etienne, Loire) et alors que Laurent Wauquiez divise par deux les subventions aux associations au nom des « économies ».

Le clou du spectacle ? Cette autoroute a été entérinée par le ministère de l’environnement la veille de la signature de l’Accord de Paris par Ségolène Royal et François Hollande à New York, alors qu’elle n’est pas conforme aux engagements pris dans la lutte contre les dérèglements climatiques. Ce ne sont pas les opposants à l’A45 qui l’affirment mais les études qui fondent la déclaration d’utilité publique, délivrée en juillet 2008. Que disent ces études ? Sur le secteur considéré, la nouvelle autoroute ferait croître les kilomètres parcourus de 136 % et la quantité de CO2 rejetée dans l’atmosphère de 85 % d’ici à 2035, par rapport à la situation de 2004. Disons-le autrement : en octroyant 845 millions d’euros pour 85% de C02 de plus, le gouvernement français et les collectivités locales financent le chaos climatique en toute connaissance de cause.

« Au lendemain de la COP 21 et des engagements pris pour le climat, nous ne voulons pas d’une autoroute qui détruit les terres agricoles, aggrave le réchauffement climatique et ne règle en rien les problématiques de transport sur le territoire », ont expliqué les opposants lors du rassemblement de ce dimanche 18 septembre. La présence de représentants des mobilisations contre le barrage de Sivens et contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, qui ont fait part de leur expérience, ont permis de discuter des suites à donner à la mobilisation contre l’A45 : « Nous ne manquons pas d’idées pour la suite, et tant qu’il restera un recours possible ou une action pour empêcher les expropriations et bloquer les (éventuels) futurs travaux, nous n’abandonnerons pas : Non à l’A45 - No pasarA45 ! Nous ne lâcherons rien ! », a-t-il été dit par les opposants en clôture du rassemblement.

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