Attac 44 face à l’annonce de la consultation sur le projet d’aéroport Notre-Dame-des-Landes

jeudi 28 avril 2016, par Attac 44

À nouveau, Attac 44 s’engage ! Nous ne nous sentons nullement engagé·e·s par cette consultation qui n’a aucune valeur juridique. Les preuves des dissimulations, mensonges, manipulations des porteurs du projet, face à la constance des opposants à demander le débat sur le fond, faire la lumière... permettent de voir de quel côté se trouve l’exigence de démocratie... Nous poursuivrons la lutte contre le projet, car notre légitimité est intacte. Plus précisément, nous sommes bien conscient·e·s que nous devrons renouveler les choix déjà faits entre légalité et légitimité, que nous devrons résister sur le terrain, désobéir avec tou·te·s celles et ceux qui continuent et continueront à le faire. Nous en renouvelons l’engagement. Avec les occupant·e·s, avec toutes les organisations en lutte, avec les comités de soutien...

Nos raisons de dire « non »

L’objet de ce texte n’est pas de les développer à nouveau : tout a été dit sur le fond : projet inutile, puisqu’il existe déjà un aéroport international à Nantes, projet glouton en fonds publics, dévoreur de bonnes terres agricoles et destructeur de biodiversité… Les mensonges, manipulations pour le faire passer ont été minutieusemet démontés (voir par ex de Françoise Verchère la construction d’un mensonge d’État ou « maintenant nous accusons » tribune des trois co-présidents de l’Acipa).

Le contexte

Depuis l’automne, le calendrier sur un éventuel démarrage de travaux s’accélère. Appel d’offres et sélection d’une entreprise pour débroussaillage, propos de Valls sur un démarrage en octobre, reprise des procédures d’expulsions et verdict d’expulsabilité immédiate des occupant·e·s (paysan·ne·s et habitant·e·s) dits « historiques », à partir du 26 mars.

D’énormes mobilisations ont eu lieu en décembre/janvier 2016 contre les expulsions. Le président de la République, M. François Hollande, a alors sorti comme solution la tenue d’un « référendum » sur Notre-Dame-des-Landes, rapidement rebaptisé « consultation » dès l’apparition, immédiate, de l’impossibilité légale de la tenue de ce référendum. Manuel Valls, en réponse aux questions de parlementaires, a affirmé qu’« il s’agit de légitimer le début des travaux en octobre ». Depuis, on a appris que l’étude environnementale globale exigée par la Commission européenne était adjointe comme document annexe au SCOT de Nantes Saint-Nazaire. L’annonce de la consultation n’a freiné en rien l’extraordinaire mobilisation du 27 février, réaffirmant nos exigences : Non aux expulsions ! Non aux travaux ! Non à l’aéroport !

Cette consultation est une basse manœuvre

Lancé dans l’improvisation par Hollande, cette consultation apparaît d’emblée comme totalement biaisée. L’État est juge et partie : porteur du projet et initiateur organisateur de la consultation. Il détient tous les leviers (légitimité institutionnelle, finances publiques...) pour la communication. Le périmètre (la seule Loire-Atlantique !) est choisi pour le meilleur score possible du oui (alors qu’il s’appellerait Aéroport de Grand Ouest !). La question qui risque d’être posée est fallacieuse (il ne s’agit pas d’un transfert, puisqu’il doit rester une piste à Nantes Atlantique pour Airbus). C’est une question apparente, nous savons que celle qui sera posée à l’envi pendant la campagne sera celle de l’expulsion des « zadistes ». Des documents essentiels de la déclaration d’utilité publique de 2007 n’ont toujours pas été communiqués, comment donner à une question une réponse éclairée si on nous en refuse les moyens ? Il s’agit de court-circuiter les procédures et appels toujours en cours !

Enfin nous n’avons aucune confiance dans cette procédure purement consultative : nous nous souvenons du sort réservé au référendum de 2005 où le NON au « Référendum français sur le traité établissant une constitution pour l’Europe » (TCE) l’avait emporté…

Rien n’est changé sur le fond ni à nos raisons « locales » de dire non au projet !

Nous ne reprenons pas ici les très nombreux documents disponibles pour refuser le projet de Notre-Dame-des-Landes. Les porteurs du projet répondent par le silence le plus méprisant, leur oui est du domaine de la foi, foi en une croissance infinie du transport aérien, du progrès [1] (Voir aussi les nombreux communiqués, analyses... sur le site d’Attac France, sur celui de l’Acipa.

Ni à nos raisons de dire oui aux alternatives

Là encore, voir les documents de l’atelier citoyen [2] qui soutient la solution alternative d’une maintenance et optimisation de l’existant (l’actuel aéroport de Nantes Atlantique).

Et mille fois oui aux expérimentations de modes de vie solidaires (chantiers collectifs, prix libres...) , de procédures de décision collective, d’agriculture paysanne respectueuse... sur la Zad. Ce qui se passe sur la Zad dépasse d’ailleurs de très loin le simple intérêt local, mais préfigure et construit concrètement ces autres mondes que nous déclarons possibles. Pour de nombreux exemples voir le site web de Zad Nadir.

Ni à nos raisons globales pour ce positionnement

Notre engagement contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes est au coeur de notre engagement altermondialiste, global, et de notre exigence d’un monde solidaire. Au niveau mondial aussi, la destruction et l’accaparement des terres agricoles (qui contredisent l’exigence de souveraineté alimentaire), la destruction de la biodiversité et des zones humides, la dégradation de l’environnement, le dérèglement climatique… nous imposent de tout faire pour freiner la fuite en avant vers toujours plus de croissance, de guerres pour les ressources (terres, eaux de qualité…), de financiarisation de la nature et d’explosion tant des profits que des inégalités.

Si la consultation devait avoir lieu, ne devrait-on pas faire voter les tritons crêtés ou les populations insulaires ou habitantes des deltas et estuaires menacés de submersion par le réchauffement climatique ?

Quelles conclusions ?

Les conclusions de ces réflexions jointes à celles d’années de lutte, s’imposent dès lors à nous sans aucune ambigüité :

  • La démocratie est bafouée de la manière la plus grossière dans cette tentative de légitimation du projet, nous ne nous sentons nullement engagés par cette consultation qui n’a aucune valeur juridique. Les preuves des dissimulations, mensonges, manipulations des porteurs du projet, face à la constance des opposants à demander le débat sur le fond, faire la lumière… permettent de voir de quel côté se trouve l’exigence de démocratie. Nous n’en avons pas peur ! Qu’on nous communique enfin la totalité du dossier !
  • Nous poursuivrons la lutte contre le projet, car notre légitimité est intacte. Plus précisément, nous sommes bien conscients que nous devrons renouveler les choix déjà faits entre légalité et légitimité, que nous devrons résister sur le terrain, désobéir avec tou·te·s celles et ceux qui continuent et continueront à le faire. Nous en renouvelons l’engagement. Avec les occupants, avec toutes les organisations en lutte, avec les comités de soutien : nous prendrons les moyens d’être vigilants sur des tentatives de début de travaux, et notre force numérique a prouvé, après l’occupation du périphérique nantais le 9 janvier, que notre annonce de blocages de la région ou d’ailleurs, n’a rien d’une menace en l’air.

Dernière minute… Et voici que le rapport des experts !

Missionnés par Ségolène Royal, ministre de l’environnement, valide la possibilité d’aménagement de l’actuel aéroport de Nantes Atlantique, et le sur-dimensionnement du projet de Notre-Dame-des-Landes, démolissant de fait la déclaration d’utilité publique, qui doit donc être abrogée. À l’heure où nous ne savons ni quelle sera véritablement la question posée, ni sur quel projet d’aéroport… Cette consultation paraît plus improbable que jamais. Pour l’instant Attac 44, avec l’ensemble du mouvement anti-aéroport, poursuit son travail sur le fond, l’exigence de transparence, et la publication de la totalité des éléments du dossier.

Pour que vivent la Zad, ses paysans, ses habitants, les expulsions, les travaux, l’aéroport… c’est toujours NON !