Pétrole et gaz de schiste et de couche : pas de permis pour Total

Pour l’abrogation définitive de tous les permis
lundi 8 février 2016, par Jacqueline Balvet

Le Tribunal administratif de Cergy Pontoise vient d’annuler, le 28 janvier dernier, l’abrogation du permis d’exploration de gaz de schiste dit « permis de Montélimar » (4 327 km² en Ardèche, Drôme Gard, Hérault) octroyé à Total en mars 2010. Cette décision relance des enjeux importants tant du côté des entreprises pétrolières que des résistances citoyennes.

Le même Tribunal administratif de Cergy Pontoise avait confirmé, le 22 décembre 2015, l’abrogation des deux autres permis contigüs (Nant et Villeneuve-de-Berg), détenus par l’entreprise texane Schuepbach, au fait que le dossier mentionnait l’utilisation de la fracturation hydraulique comme technique utilisée alors que Total prétendait ne pas l’utiliser.

L’abrogation du permis de Montélimar avait été obtenu en septembre 2011 (avec celle des deux autres permis de Nant et Villeneuve-de-Berg) par une mobilisation massive des citoyens dès le début de l’année 2011 - 20 000 personnes étaient présentes à Villeneuve-de-Berg le 27 février 2011. Cette mobilisation et celles qui ont suivi très vite et massivement ailleurs, avaient contraint les parlementaires à promulguer la loi Jacob du 13 juillet 2011 interdisant la fracturation hydraulique, seule technique existant à ce jour pour exploiter les hydrocarbures de roche-mère.

Depuis l’examen du recours de Total au Tribunal administratif le 8 janvier, les collectifs anti-schiste n’avaient guère de doute sur la décision de ré-attribution qui allait advenir et leur réaction ne s’est pas faite attendre : en réunion en Ardèche le 16 janvier, les 80 personnes présentes ont décidé d’organiser une mobilisation massive le 28 février à Barjac (30) pour frapper fort et montrer que la résistance est toujours très vivace [1].

Le rendez-vous du 28 février représente un double défi pour les collectifs :

  • face aux pétroliers , dont Total, fleuron de l’industrie pétrolière française : si ce dernier avance sur ce front emblématique, la porte s’ouvrira d’autant plus facilement pour d’autres, même si actuellement, ils se trouvent dans une situation économique très peu favorable : la débandade actuelle sur les marchés financiers due, entre autres, à l’effondrement du prix du baril et au risque d’éclatement de la bulle pétro-financière, touche de plein fouet les compagnies pétrolières et gazières qui, ayant misé sur les hydrocarbures non conventionnels avec des investissements estimés à 5 400 milliards de dollars, sont fortement endettées [2].
  • face au gouvernement  : les collectifs en résistance sont insatisfaits de la loi Jacob : elle ne fait qu’interdire une technique et non toute exploration et exploitation. Et pour cette raison qu’il faut une nouvelle loi abrogeant définitivement toute possibilité d’octroi de permis dès que possible et avant la présidentielle de 2017, date que les pétroliers attendent avec impatience pour sortir de l’interdiction de la loi Jacob.

Au moment où le Parlement Européen vient de voter une résolution [3] « priant instamment les États membres de ne pas autoriser de nouvelles activités de fracturation hydraulique dans l’Union, en vertu du principe de précaution ... compte tenu des risques et des répercussions négatives sur le climat, l’environnement et la biodiversité qu’entraîne la fracturation hydraulique pour l’extraction d’hydrocarbures non conventionnels, ... », il est essentiel d’afficher que la mobilisation est toujours là, de l’élargir en particulier avec les collectifs anti-projets miniers et les collectifs résistant aux nouveaux projets d’oléoducs, et de se solidariser avec d’autres luttes pour un avenir climatique soutenable sans énergies fossiles.

Le 28 février, soyons très nombreux à Barjac, comme nous le serons le 27 à Notre-Dame-des-Landes.