Les peuples et la planète avant le profit

mercredi 10 août 2016, par Attac France

C’est devant un amphithéâtre bondé que s’est ouverte la Conférence organisée par la Convergence « Les peuples et la planète avant le profit » dans le cadre du Forum social mondial 2016 de Montréal. Une diversité de moyens d’expression, danses, poésie, chants, films, musique, vidéos, discours, se succédant à un rythme rapide traduisant l’urgence de nos combats, ont été utilisés pour rendre compte des souffrances et des luttes des peuples à tous les coins du monde, soulevés dans une même colère contre le pouvoir des multinationales et de la finance, l’injustice, la destruction de la planète et le mépris envers ses habitants. Menés par l’artiste multidisciplinaire colombienne Claudia Bernal, syndicalistes, paysans, artistes, militants de base se sont succédés dans le cercle de lumière, venus du Honduras, des Philippines, de Haïti, Angleterre, Maroc, Brésil, Inde, Québec, Colombie, États-Unis, Brésil, Bolivie, Nigéria, Irlande. Les absents, connus ou anonymes n’ont pas été oubliés, ceux qui n’ont pas pu venir faute de visas, ceux qui sont morts dans les luttes ou sur les routes migratoires, ceux qui, trop pauvres, n’ont pu venir ou ont seulement délégué un représentant. À tous, le public a répondu « Présent ! »

Voici le texte de mon intervention, au nom d’Attac CADTM Maroc (il ne fallait pas dépasser 3 minutes) :

Souvenez-vous, en 2011, du Maroc jusqu’au Bahrein, du Golfe jusqu’à l’Océan, les populations des pays arabes ont par millions occupé les rues avec un même mot d’ordre unificateur, le même sur des milliers de kilomètres, Chaab yourid… Le peuple veut… Il veut la liberté, la dignité, la justice sociale.

Deux dictateurs ont été renversé. Ce n’est pas peu. Mais la reprise en main néolibérale a partout étouffé cette volonté de souveraineté populaire, avançant sur trois axes principaux :

  • garder le contrôle sur les matières premières, pétrole, gaz, minerais.
  • utiliser le système dette comme levier de pression et de domination
  • avancer dans l’adoption de nouveaux accords de libre échange –déjà existants mais aujourd’hui rebaptisés ALECA, accords de libre échange complets et approfondis pour une domination plus complète et plus approfondie de la finance sur les peuples.

Tout cela se déroule dans un contexte où le Moyen-Orient est à feu et à sang, dans une situation de plus en plus chaotique (Syrie, Iraq, Yémen, …) qui déborde sur d’autres pays africains (Libye, Mali) et jette sur les routes des populations fuyant les bombardements et les violences, tant militaires que politiques et économiques.

La façon dont l’Union européenne gère cette question a atteint des degrés inimaginables et scandaleux de non respect des conventions internationales mais surtout le degré 0 du respect de l’autre, du sentiment de fraternité humaine, qui ne peut qu’aggraver la fracture creusée entre les deux rives de la Méditerranées et rejoindra dans l’histoire la mémoire des pogroms, des chambres à gaz. Heureusement que des peuples surgissent des actes de solidarité.

Cette revendication de souveraineté populaire – Chaab yourid - portée par les peuples soulevés a été recouverte d’une nouvelle chape de plomb. Je pense à l’Égypte, à la Syrie, au Bahrein, au Maroc et le business est revenu en force.
Les conditions de préparation de la COP22 qui aura lieu à Marrakech au début du mois de novembre en sont l’illustration. Business à tous les étages. Une Med COP s’est tenue récemment à Tanger, en avant première. Les entreprises étaient là, à l’affut des bonnes affaires. Et les conclusions de cette avant-COP : des signatures de contrat entre le Maroc et plusieurs multinationales.

N’y a-t-il donc plus qu’à se résigner ? Moins que jamais. Il y a urgence à lutter contre l’extractivisme qui tue la planète, le libre-échange qui accroit et codifie le pouvoir des multinationales.

Comment ?

Les Palestiniens ont un mot pour ça INTIFIDA , ce qui veut dire non pas lancer des pierres, mais se secouer, relever la tête, se mettre debout pour dire ensemble BASTA YA.