BNP Paribas va quitter les îles Caïmans, une grande victoire pour Attac

mardi 24 mai 2016, par Dominique Plihon

Les dirigeants de BNP Paribas viennent d’informer la commission financière du Comité central d’entreprise (CCE) de BNP Paribas que leur banque a décidé de fermer ses dernières branches actives dans les îles Caïmans. Cette annonce, qui a été faite dans plus grande discrétion, est de résultat de la mobilisation d’Attac, qui mène des actions depuis 3 ans en direction de BNP Paribas.

Pourquoi cibler la BNP Paribas ? Tout d’abord, parce que cette banque est la championne française de l’évasion fiscale par le nombre de ses filiales dans les paradis fiscaux. Ensuite parce que, grâce au « reporting » obligatoire des banques sur leurs filiales à l’étranger, obtenu de haute lutte par les organisations de la Plateforme paradis fiscaux et judiciaires (dont Attac fait partie), nous savons qu’il n’y a aucun effectif en personnel dans les filiales de la banque aux îles Caïmans. Ces dernières ne sont donc que des structures dédiées intégralement à l’évasion fiscale. La troisième raison de ce choix d’Attac est que cet objectif était atteignable tout en étant hautement symbolique. Notre pari était fondé : il aura fallu trois ans et des dizaines d’action mais, nous avons gagné ! Bien sûr, si nous venons de remporter une bataille, nous sommes loin d’avoir gagné la guerre contre l’évasion fiscale.

Une autre leçon se dégage de cette première victoire : la mobilisation citoyenne et les actions de désobéissance civile sont efficaces ! Dès 2014, Attac lançait une opération de communication et d’action citoyenne autour de l’édition participative d’un « kit anti-requins  » contenant les outils pour traquer 3 banques et multinationales prédatrices, dont BNP Paribas et ses filiales aux îles Caïmans. En 2015, les nombreuses actions de fauchage de chaises dans les agences de BNP Paribas, que nous avons initié avec les Amis de la terre et ANV COP 21, ont permis d’amplifier la mobilisation et de mettre les dirigeants bancaires, mais aussi le pouvoir politique, face à leurs responsabilités. Ces actions nous ont permis de sensibiliser l’opinion sur les liens entre l’évasion fiscale, d’une part, la dette publique et le financement de la transition sociale et écologique au moment de la COP 21, d’autre part. Des temps forts y ont largement contribué : la « prise du siège » de BNP Paribas le 3 décembre 2015, le contre-sommet sur le climat à Montreuil en décembre 2015 où furent exposées 196 chaises réquisitionnées dans les banques, représentant chacune un des pays participant à la COP 21 puis ensuite, la restitution à la justice des 196 chaises lors de l’ouverture du procès de Cahuzac, le 8 février 2016.

Notre lutte, fondée sur la mobilisation citoyenne et la désobéissance civile, a déjà pris de nouvelles formes. À l’annonce de l’implication de la Société générale dans le scandale des « Panama Papers », nous avons décidé de mener des actions de blocage des agences de la Société générale (une centaine en France) spécialisées dans la « gestion de fortune privée », dont l’optimisation (évasion) fiscale est une des dimensions importantes. Nous sommes décidés à poursuivre nos campagnes. Aujourd’hui se pose la question de l’impunité des dirigeants bancaires, soulevée par les déclarations devant le Sénat de Frédéric Oudéa, patron de la Société générale, qui explique, contre toute évidence, que sa banque n’est pas impliquée dans des opérations d’évasion fiscale.

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