Ségolène Royal a raison : il est temps de laisser les hydrocarbures dans le sol !

vendredi 15 janvier 2016, par Maxime Combes

L’annonce de Ségolène Royal aurait du déclencher une tempête médiatique. Elle est passée inaperçue. La Ministre a pourtant mille fois raison : l’urgence climatique et l’impératif de la transition énergétique doit conduire à ne plus chercher de nouveaux hydrocarbures.

« Puisqu’il faut réduire la part des énergies fossiles, pourquoi continuer à donner des autorisations de recherches d’hydrocarbures conventionnels ? ». Ainsi s’est exprimée Ségolène Royal, dans un débat parlementaire mardi 12 janvier, comme le rapporte une dépêche AFP passée (presque) inaperçue. Plus inaperçue en tout cas que les rencontres de Ségolène Royal avec Justin Bieber ou Lenoardo Di Caprio. Misère de la peopolisation de la vie politique.

L’annonce de Ségolène Royal aurait pourtant du déclencher une tempête médiatique et une avalanche de réactions. Des applaudissements nourris venus des ONG, des écologistes ou des promoteurs d’une véritable transition énergétique. Sur l’autre versant, industriels et champions du statu quo auraient du exprimer des réprobations furieuses ! Entre les deux, éditorialistes et commentateurs auraient essayé de concilier l’inconciliable, le climat et la fuite en avant extractive.

Rien n’est venu. Aucune réaction officielle. Aucun communiqué de presse. Aucun édito. Aucun article (hormis la reprise de la dépêche AFP sur quelques sites d’information).

Comme si cela n’intéressait personne (où sont donc les écologistes ?).

Comme si les déclarations politiques – notamment celles de Ségolène Royal – n’avait plus aucune valeur. En tout cas moins qu’une photo avec les Bieber et Di Caprio.

Comme si l’urgence climatique était passée à la trappe : la COP 21 n’est-elle pas finie ?

L’annonce de Ségolène Royal est pourtant une annonce majeure. Une annonce qui reprend mot à mot les exigences de toutes celles et ceux qui préconisent aujourd’hui de geler une majorité des réserves prouvées d’énergies fossiles pour répondre à l’urgence climatique : conserver une chance raisonnable de rester en deçà de 2 °C de réchauffement climatique d’ici la fin du siècle – qui plus est dans le cas des 1,5 °C tel que préconisé par l’accord de Paris – implique de ne pas exploiter 80 % des réserves d’énergies fossiles. Ce n’est pas une option. Mais une condition.

PNG - 252.2 ko

À quoi bon alors continuer à creuser, explorer, chercher de nouveaux gisements ? Ségolène Royal a mille fois raisons. Elle le dit très clairement : il ne faut plus « délivrer d’autorisation de recherches d’hydrocarbures conventionnels, puisqu’il faut inciter les groupes industriels qui s’engagent dans ce type d’activité à réorienter leurs investissements vers la production d’énergies renouvelables ou vers la production de l’efficacité énergétique ».

Nous encourageons donc Ségolène Royal à passer aux actes. Plusieurs décisions peuvent être prises sans attendre :

  • selon son ministère, au 1er juillet 2015, la France comptait 54 permis de recherches et quelque 130 demandes de permis de recherches : il est plus qu’urgent de remettre à plat les permis de recherche existant – dont certains concernent manifestement des hydrocarbures non conventionnels – et de refuser les nouvelles demandes de permis ;
  • la réforme du code minier, qui doit pendre la forme d’une loi et non d’ordonnances, doit être débattue au plus vite au Parlement : il faut y intégrer l’urgence climatique et la nécessité – scientifiquement démontrée – de laisser les fossiles dans le sol comme un des principes qui priment dans la délivrance de nouveaux titres miniers ; la France pourrait devenir exemplaire et pionnière en la matière ;
  • le gouvernement français devrait exiger de rouvrir immédiatement le mandat de négociation des accords de libre-échange et d’investissement dont dispose la Commission européenne (TAFTA, CETA, Tisa, etc) pour y introduire les mentions de l’urgence climatique – le mot climat n’apparait pas – et de la nécessité de réduire drastiquement production, consommation et commerce international des énergies fossiles.

Bien d’autres mesures sont nécessaires, comme la nécessité de désinvestir massivement des énergies fossiles – la Caisse des dépôts et Consignation devrait s’activer en la matière – puisque sortir de l’âge des fossiles nécessite d’aller beaucoup plus loin. Dans le livre du même nom, nous avons proposé dix étapes, comme autant de propositions pour déverrouiller, déminer et déclencher la transition : le principe des 3D.

Ne serait-il pas temps d’en débattre ouvertement, publiquement et sérieusement ?

Pour que l’État d’urgence climatique ne devienne pas un État d’urgence permanent.

P.-S.

Un tel billet n’aurait pas été possible sans la veille et les alertes des collectifs citoyens luttant contre l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures (de schiste, mais pas seulement) ! Merci à eux et à leurs animateurs qui se reconnaîtront.