Lactalis : les paysans écrasés par un géant français

mardi 23 août 2016, par Aurélie Trouvé

Lactalis est le premier groupe laitier mondial. La famille Besnier est à la tête de cette multinationale française, qui ne fait qu’une minorité de son chiffre d’affaires en France et détient des entreprises de transformation laitière dans plusieurs dizaines de pays du monde. Non côtée en bourse, la multinationale ne dévoile pas ses résultats, mais on peut penser qu’ils sont florissants : elle rachète à tour de bras dans le monde entier et poursuit une croissance exponentielle. Président, Lactel, Galbani, Parmalat, Bridel, Salakis... rien qu’en France, difficile pour la plupart des consommateurs/rices d’y échapper.

La multinationale collecte environ un producteur de lait sur 4 en France et profite très bien de sa position ultra-dominante : les 20 000 paysan·ne·s qui lui livrent leur lait n’ont guère d’autre choix, or ils sont payé·e·s à des prix qui ne couvrent plus leur coût de production et ne permettent plus de maintenir leur ferme à terme. Ces prix s’écroulent depuis près des trois ans et Lactalis poursuit sa pression, malgré la chute vertigineuse du nombre de fermes laitières. Avec en perspective, une réduction drastique des emplois, des drames sociaux, une fragilisation encore plus grande de l’agriculture paysanne et une fuite en avant vers le productivisme.

Bien entendu, tout comme Lactalis, les autres grandes entreprises de transformation, tout comme la grande distribution, ont des responsabilités majeures dans cette affaire. Et surtout, ce sont les pouvoirs publics qui laissent faire une situation honteuse, dans laquelle une poignée de multinationales écrasent des dizaines de milliers d’agriculteurs. Plus encore, ce sont les gouvernements successifs qui sont accepté une dérégulation brutale des marchés du lait ces dernières années et un démantèlement de la Politique agricole commune à Bruxelles. Voués au « libre » marché, ce sont toujours les plus petits qui trinquent et les plus gros qui grossissent encore.