La petite musique de l’accord historique de Paris et la nôtre

jeudi 16 juillet 2015, par Maxime Combes

À moins de six mois de la conférence de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur le changement climatique, appelée « COP 21 », qui se tiendra sur l’aéroport du Bourget (du 30 novembre au 11 décembre), une double petite musique commence à se faire entendre.

Il y a celle de François Hollande qui veut « laisser sa trace dans l’histoire » et faire de la COP 21 une conférence « historique ». Indifférent il y a encore peu, François Hollande serait désormais convaincu – un efficace story-telling de la conversion a été mené via les médias dominants – que le sort de l’humanité se joue avec le réchauffement climatique. De Manille à Saint-Pétersbourg, en passant par Fort-de-France, chacun de ses déplacements est utilisé pour rendre public un nouvel appel et présenter François Hollande comme le meilleur ambassadeur de la lutte contre les dérèglements climatiques. Son équipe de négociateurs, réunie autour des ministres Laurent Fabius et Ségolène Royal, est plus modeste. Mais l’ambition reste la même : mobiliser l’appareil diplomatique du pays pour obtenir un accord à Paris. Un accord de Paris que François Hollande souhaite « ambitieux, universel et contraignant ».

« Les planètes sont bien alignées ». Appliquée par le gouvernement à la situation économique, cette formule est désormais utilisée pour dire que les conditions d’un accord à Paris seraient (plus ou moins) réunies. Certains, comme Pascal Canfin, considèrent même que « nous sommes à un point de basculement vers l’économie bas-carbone » [1]. À l’appui de cette thèse, deux arguments sont généralement avancés, deux « signaux-faibles » de la réorientation de l’économie mondiale : 1) les États-Unis et la Chine, suite à leur déclaration conjointe de novembre 2014, seraient disposés à agir en matière de climat ; 2) de plus en plus d’entreprises et d’acteurs financiers seraient prêts à revoir leurs choix d’investissement en fonction de l’objectif consistant à ne pas dépasser les 2 °C de réchauffement climatique d’ici la fin du siècle.

Combinées, ces deux approches laissent entendre que la lutte contre les dérèglements climatiques et la préparation de la COP 21 sont entre de bonnes mains : la diplomatie française et les grandes puissances sont mobilisées pour un accord, tandis que les multinationales et le secteur financier y seraient favorables. Message pour les activistes pour le climat : « tout est sous contrôle, nous allons y arriver ». Ce n’est pourtant pas le cas.

Si un accord est effectivement probable – même à Copenhague, en 2009, il y eut un accord – rien n’indique, si l’on fait preuve d’un peu de lucidité, qu’il sera à la hauteur des enjeux. Ainsi, les chefs d’État et de gouvernement ne veulent pas s’engager sur des objectifs de réduction drastiques et immédiats des émissions de gaz à effet de serre, tels que recommandés par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Les financements disponibles sont ridiculement bas. Si accord il y a, il ne sera pas contraignant puisqu’aucune grande puissance, pas plus les États-Unis que la Chine, n’en veut. Rien n’indique non plus que les blocages diplomatiques, qui n’ont pas été levés, ne le soient, comme par miracle, d’ici la fin de l’année. De plus, aux rares signaux faibles et positifs qui peuvent être observés (baisse du coût des énergies renouvelables...) s’opposent des signaux forts de maintien et d’expansion de modèles énergétiques insoutenables : TAFTA & CETA [2], projet d’union de l’énergie de l’Union européenne, non-remise en cause des politiques de croissance, frénésie extractiviste, etc.

Être lucide sur les négociations n’implique pas pour autant de se résigner. Bloquer TAFTA et CETA serait une grande victoire pour le climat. Nous pouvons prendre au mot les engagements d’« exemplarité » des gouvernements et des multinationales pour obtenir la fin des soutiens aux énergies fossiles, l’abandon des projets nocifs pour le climat (aéroports, autoroutes, etc.) et la mise en œuvre d’une véritable taxe sur les transactions financières. Notre pouvoir d’agir est plus important qu’on ne l’imagine. Appuyons-nous sur les innovations sociales et écologiques que nous mettons en œuvre dans nos quartiers et nos territoires pour donner à voir le monde de demain, celui que nous devons construire pour être à la hauteur des défis climatiques. Détachons-nous de la technicité des négociations et servons-nous de « Paris2015 » comme d’une caisse de résonance pour écrire une nouvelle page, celle « de sociétés plus agréables à vivre, plus conviviales, plus solidaires, plus justes et plus humaines », comme nous y invite le processus Alternatiba.