L’autre appel de Manille

mardi 10 mars 2015, par Maxime Combes, Nicolas Haeringer

Maxime Combes (Attac) et Nicolas Haeringer (chargé de campagne pour 350.org) ont rédigé cette version de l’Appel de Manille, que Marion Cotillard, qui fait partie du voyage présidentiel aux Philippines jeudi 26 et 27 février, aurait pu lire...

Mesdames, messieurs,

C’est un immense honneur, pour moi, Marion Cotillard, de partager avec vous cet appel de Manille. À quelques mois de la conférence de Paris sur les changements climatiques, il a vocation à marquer l’engagement de l’ensemble des chefs d’États et de gouvernement. Un engagement résolu et indispensable pour des mesures courageuses afin d’inventer un futur vivable.

Cet engagement doit notamment être le vôtre, Monsieur le Président Hollande. Vous avez là, en tant qu’hôte de la conférence des Nations Unies de Paris, une occasion unique de jouer un rôle historique. Si j’étais à votre place, si un réalisateur décidait de me mettre au générique de la Conférence de Paris à votre place, voici le discours que je tiendrais.

Moi, présidente de la République, je m’engage à prendre toutes les mesures nécessaires pour maintenir le réchauffement climatique sous la barre des 1,5°C. Je ferais en sorte de convaincre l’ensemble de la communauté internationale de me suivre dans cette voie. Je sais en effet que c’est la condition indispensable à un futur vivable – c’est le seul moyen d’éviter que les typhons tels que ceux qui ravagent chaque année les Philippines ne deviennent le quotidien de centaines de millions d’habitants de notre planète. C’est d’ailleurs ce que me demandent les organisations de la société civile philippine à l’occasion de ma visite dans l’archipel.

Moi, présidente de la République, je m’engage à coordonner les efforts de l’ensemble de mes homologues : nous devons définir des objectifs globaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre à partir desquels nous devons déterminer les engagements de chaque pays.

Moi, présidente de la République, je prends l’engagement de travailler à ce que la conférence de Paris débouche sur un accord contraignant, juste et ambitieux. L’accord de Paris doit avoir force légale. Moi, présidente de la République, je ne me laisserais pas berner par la chimère d’une action volontaire, par le bas : je sais bien qu’en la matière, seul un traité international, juridiquement contraignant, nous permettra de relever le défi de la lutte contre le changement climatique.

Moi, présidente de la République, je ferai tout mon possible pour convaincre la communauté internationale de mettre un terme à l’ère des combustibles fossiles. Car je sais que les réserves de charbon, de gaz et de pétroles actuellement exploitées ou en passe de l’être, représentent plus de trois fois le montant des émissions de gaz à effet de serre que nous pouvons nous autoriser à émettre si nous voulons préserver nos chances de sauver le climat.

Je vous le dis dès aujourd’hui : moi, présidente de la République, la France ne subventionnera désormais plus les entreprises de ce secteur. Elles ne bénéficieront plus d’aucune aide, directe ou indirecte. En cette période où nous demandons à chacun de nos concitoyens de faire des efforts pour réduire les déficits, il me paraît juste d’être particulièrement exigeante vis-à-vis d’entreprises qui ne cessent de s’enrichir en détruisant le climat.

Moi, présidente de la République, je reconnais que les combustibles fossiles constituent une véritable bombe climatique – et que le charbon, le gaz et le pétrole appartiennent à notre passé.

Moi, présidente de la République, j’œuvrerais donc à l’interdiction de toute forme de subvention publique au secteur de l’énergie fossile – à ce jour, les pays du G20 versent près de 80 milliards d’euros par an aux entreprises de ce secteur, alors même qu’il détruit notre planète et hypothèque notre avenir.

Moi, présidente de la République, je vais favoriser les « vraies » solutions au changement climatique et lever toutes les barrières à la construction d’une véritable transition énergétique, vers le 100 % renouvelables.

Moi, présidente de la République, j’ai l’ambition d’inverser le ratio actuel (pour 1 euro investit dans les renouvelables, 4 euros sont investis dans les fossiles).

Moi, présidente de la République, je m’engage ainsi à ce que toutes les institutions publiques désinvestissent du secteur des combustibles fossiles et investissent dans les renouvelables.

Moi, présidente de la République, j’affirme ma détermination à renoncer à tous les accords de libre-échange et d’investissement (comme TAFTA) qui constituent autant d’obstacles supplémentaires dans la lutte contre le changement climatique et pour la transition énergétique.

Moi, présidente de la République, je sais que je n’ai pas rendez-vous avec l’Histoire. Je sais bien qu’il ne s’agit pas d’un rôle. Je ne dois pas camper une super-héroïne, qui, seule, pourrait sauver la planète. Je sais, par mon expérience d’actrice, distinguer ce qui relève de la fiction de ce qui relève de l’action. Moi, présidente de la République, je m’engage tout simplement à faire preuve de bons sens et de courage politique pour soutenir, promouvoir et encourager l’implication citoyenne dans la transition écologique et sociale dont nous avons besoin.

Moi, présidente de la République, je sais que je fais partie des quelques personnes qui ont le pouvoir de décider si l’Histoire se fera contre contre les habitants des zones côtières des Philippines, contre les petits paysans du Sahel, contre les petits pêcheurs de l’Océan Indien, contre celles et ceux d’entre nous qui souffrent déjà des conséquences du réchauffement climatique ; ou bien si cette Histoire s’écrira avec elles et pour elles. C’est là le vrai enjeu de la conférence de Paris que j’ai l’immense honneur d’accueillir à la fin de l’année.

Du fond du cœur, je vous remercie,

Marion Cotillard (avec l’aide de Maxime Combes et Nicolas Haeringer)