Après le succès de la marche pour le climat de New York, trois défis pour le mouvement pour la justice climatique

jeudi 16 octobre 2014, par Christophe Aguiton

La manifestation de près d’un demi-million de participants à New York le 21 septembre 2014 a été la plus importante qu’aient connue les États-Unis depuis les années 1970. En nombre de participants cette manifestation a regroupé dix fois plus de monde que celle de Seattle face à l’OMC, fin 1999, manifestation qui avait marqué l’émergence du mouvement altermondialiste. D’autres manifestations ont été organisées le 21 septembre dans de nombreuses villes du monde, y compris à Paris avec plus de 10 000 participants.

Le 21 septembre 2014 marque ainsi l’ouverture d’une phase qui va se dérouler au moins jusqu’à décembre 2015, moment où se tiendra la conférence de l’ONU sur le climat à Paris. Une phase qui verra se multiplier les initiatives et qui devrait culminer avec de nombreuses actions et mobilisations en région parisienne, pendant le sommet de l’ONU.

Pour aborder cette phase dans les meilleures conditions, le mouvement pour la justice climatique devra cependant répondre à trois défis : le premier est de savoir si un mouvement global pour la justice climatique peut se développer et se construire sur le long terme, le second porte sur la capacité de ce mouvement à dépasser les débats et divergences qui ont divisé les ONG et mouvements ces dernières années et le troisième porte sur la difficulté à faire cohabiter des mouvements et organisations enracinés dans les villes et les quartiers et des mouvements n’existant que sur l’Internet.

Construire un mouvement de long terme pour la justice climatique

Le réchauffement de la planète et le changement climatique est un des défis les plus importants que l’humanité ait jamais eu à affronter.

Cette affirmation est aujourd’hui largement partagée et, dans la grande majorité des pays, les opinions publiques sont convaincues de l’importance de l’enjeu. Pourtant, en dehors de mobilisations ponctuelles, parfois importantes comme à Copenhague en décembre 2009, il n’existe presque nulle part de mouvement militant permanent qui mobilise pour revendiquer que soient prises les mesures que la situation impose, Bizi au pays basque et 350.org aux États-Unis étant les seules tentatives réussies. Partout dans le monde, des mobilisations dures, longues et populaires se développent sur les questions environnementales, le plus souvent contre de grands projets d’infrastructures ou d’extraction minières, gazières et pétrolières ; en France on peut ainsi citer Notre-Dame-des-Landes ou les mobilisations contre l’extraction du gaz de schiste. Les animateurs de ces mobilisations font tous le lien avec la nécessité de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre, mais sans que cela ne se traduise par l’émergence d’un mouvement spécifiquement consacré à la lutte pour la justice climatique.

Parmi les raisons qui peuvent expliquer cette quasi absence de mouvement spécifique au climat l’ampleur du sujet le rend difficilement appréhendable parce qu’il demande des réponses globales et planétaires. Il est plus facile de mobiliser sur une cause précise, contre un projet minier, un aéroport ou une ligne à grande vitesse, que de mobiliser sur une thématique qui oblige à repenser globalement le développement de nos sociétés, énergie, transports, modèles agricoles, espaces urbains, etc.

L’énorme succès de la manifestation du 21 septembre et l’ouverture d’une phase de plus d’une année de mobilisation internationale contre le changement climatique peut permettre de changer la donne. Avec près d’un demi-million de manifestants ce qui apparaissait inaccessible devient possible, ou du moins envisageable. Nous aurons donc un peu plus d’une année pour expérimenter ce que pourraient être la forme et les contours d’un mouvement pérenne pour la justice climatique.

Pour l’instant il n’existe nulle part de « comités climat » ou autre structure militante un tant soit peu massive. Le plus probable est que l’articulation entre la vision globale de la nécessité de changer radicalement nos modèles de développement et la diversité des mobilisations concrètes qu’il faudra développer amènera à un mouvement en réseau où, comme à New York, toutes les luttes locales et sectorielles convergeront avec les différents mouvements sociaux et citoyens qui ont l’environnement et le climat comme une de leurs préoccupations. Un mouvement en réseau permettrait aux luttes locales de résistance face à de « grands projets inutiles » ou aux initiatives comme « Alternatiba », qui visent à promouvoir les alternatives concrètes, de se développer sans être étouffées par un mouvement global au faible enracinement. Un réseau qui encouragerait et accélèrerait l’évolution des syndicats et autres mouvements sociaux et citoyens vers la transition écologique. Mais un tel mouvement en réseau aura besoin de centres de ressources – fournissant des analyses et des outils militants – et de nœuds de réseaux capable de coordonner les mobilisations et de préparer les grandes initiatives. Il est possible de faire le parallèle – qui vaut ce que valent toutes les analogies – avec le mouvement féministe qui, dans les années 1970, combinait des centres d’initiatives militants à forte visibilité avec le travail d’une multitude de militantes et de militants qui, dans les syndicats, mouvements ou partis politiques, faisaient progresser la conscience féministe.

Il reste un peu plus d’un an pour que ces pièces essentielles à la vie et au développement d’un tel réseau pour la justice climatique émergent, se créent et se renforcent.

Rassembler les deux familles du mouvement pour la justice climatique

Il y a cinq ans les mouvements et ONG investis dans les mouvements pour la justice climatique lors de la conférence de Copenhague sur le climat étaient profondément divisés.

D’un côté « Climate Action Network » (CAN), le réseau historique des grandes ONG comme Greenpeace ou WWF, et ses alliés, OXFAM et autres ONG de développement, qui s’étaient investis en priorité dans le lobbying auprès des différents gouvernements sur un orientation qui se satisfaisait des mécanismes de marché, marché pour les émissions de gaz à effet de serre ou la protection des forêts. Ces grandes ONG s’appuyaient sur les résultats obtenus en Europe, et en particulier en Allemagne, pour dénoncer les États-Unis et la Chine comme étant les mauvais élèves de la communauté internationale. À Copenhague, CAN avait priorisé le travail de lobby interne à l’ONU, renforçant ainsi le poids des experts au détriment des équipes militantes.

De l’autre « Climate Justice Now » (CJN), créé en 1997 à Bali par la Via Campesina, les Amis de la Terre et d’autres mouvements a su s’allier à de nombreux mouvements sociaux et regroupements de peuples indigènes. CJN entendait construire un mouvement militant pour la justice climatique en s’appuyant sur ces mouvements sociaux et citoyens, refusait les solutions du type marché du carbone et s’appuyait sur des pays comme l’Équateur et la Bolivie qui étaient à l’époque en pointe dans la défense des questions environnementales.

La phase qui s’ouvre avec les mobilisations du 21 septembre 2014 et qui devrait conduire à Paris pour la conférence de l’ONU de décembre 2015 se déroule dans un climat très différent.

Aux États-Unis, comme au Pérou qui accueillera la conférence sur le climat de décembre 2014 ou en France en préparation de 2015, les coalitions qui sont formées regroupent la totalité des acteurs qui entendent se mobiliser sur la question climatique. Aux États-Unis l’initiative de la manifestation du 21 septembre revient à 350.org, un mouvement né sur internet qui a pu créer des groupes locaux dans de nombreuses villes du pays. Très vite 350.org s’est allié à Avaaz, un mouvement purement basé sur l’internet puis au Sierra Club, le plus ancien mouvement environnementaliste américain, créé à la fin du 19e siècle par John Muir, le naturaliste à l’origine des premiers parcs naturels aux États-Unis et à « Climate Justice Alliance », une alliance de mouvements de base, de mouvements amérindiens et des groupes radicaux. Au Pérou ce sont les ONG environnementales qui se sont alliées aux syndicats de salariés, aux mouvements paysans et de peuples indigènes. En France, enfin, dès le début de 2014 une coalition très large s’est mise sur pieds, avec l’ensemble des associations environnementales, l’essentiel des forces syndicales, la Confédération paysanne et les mouvements altermondialistes ainsi que ceux qui agissent dans la solidarité internationale.

Ces alliances larges n’ont bien sûr pas gommé toutes divergences, mais elles ont été possibles parce que l’échec de l’ONU à Copenhague, et dans les conférences qui ont suivi, a convaincu tous les mouvements et toutes les ONG, même les plus modérées, que rien ne serait possible sans mobilisations. Cette conviction partagée sur l’importance des mobilisations a été encore renforcée par l’évolution des politiques de l’Union Européenne, qui a beaucoup rabattu de ses ambitions, et des pays andins comme l’Équateur et la Bolivie qui multiplient les projets miniers et pétroliers.

C’est donc autour de la nécessité de mobiliser les opinions publique et les réseaux militants que se sont regroupées ces coalitions. Reste à savoir si les divergences existantes ne mettront pas en péril ces regroupements et s’ils pourront affronter les nouvelles questions qui émergent dans la préparation de la conférence de Paris.

L’objectif général a toujours été le même pour l’ensemble des mouvements se mobilisant sur les questions climatiques : respecter les recommandations du GIEC, le groupe des experts du climat, qui considèrent qu’une augmentation de 2 °C des températures moyennes sur la planète est le maximum possible, un dépassement de ce seuil risquant de déclencher une série d’évènements climatiques aux conséquences dramatiques. Pour respecter ces recommandations, un principe général, issu de l’accord de Kyoto, fait également accord, en tout cas jusqu’à aujourd’hui : il faut un accord international contraignant, basé sur le principe de la « responsabilité commune mais différenciée » qui prend en compte le fait que les premiers responsables du réchauffement climatique sont les pays dits industrialisés, Europe, Amérique du Nord et Japon, qui doivent faire les efforts les plus importants, alors que les pays en développement ont droit à augmenter leur consommation énergétique et doivent recevoir des compensations financières pour compenser les dégâts environnementaux et s’adapter au réchauffement climatique. Un dernier domaine fait aussi accord, au moins sur un plan très général : un rejet des « fausses solutions » présentées par certaines entreprises ou gouvernements comme le moyen de résoudre la crise climatique, comme par exemple les utopies technologiques comme « l’ensemencement des océans ». Mais c’est dans ce domaine, quand on entre dans les détails, que se cachent des désaccords qui ne sont pas secondaires :

  • L’énergie nucléaire est globalement rejetée, surtout depuis Fukushima, mais des zones de frictions existent, en particulier avec les organisations syndicales dans des pays comme la France où le nucléaire est une composante importante de la production d’électricité et les projets de nouvelles centrales, en particulier en Asie et en Amérique latine peuvent redonner de l’importance à cette question,
  • Plus substantiel est le désaccord sur l’introduction de mécanisme de marché pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ; ces mécanismes sont prévus par les accords de Kyoto et ont été étendus par des accords spécifiques de compensation carbone, comme REDD pour les forêts, et ont profondément divisés les mouvements impliqués sur le climat,
  • Le rapport aux grandes entreprises et aux multinationales est également un point de frictions, certains mouvements considérant qu’elles sont une des causes majeures du dérèglement climatique pendant que d’autres les considèrent comme des partenaires qu’il s’agit de convaincre et de faire évoluer.
    Derrière ces deux dernières questions se trouvent deux appréciations différentes du rapport entre crise climatique et crise du capitalisme. Pour les mouvements qui se reconnaissaient dans « Climate Justice Now », le capitalisme – avec la loi du profit qui s’impose au détriment des questions sociales et environnementales - est au cœur du problème et les mobilisations avec le slogan « system change, not climate change » doivent lier le social et l’environnemental. Une autre aile du mouvement, en cohérence avec le soutien aux mécanismes de marché et avec les relations avec les multinationales, s’inscrit dans un système qu’elle souhaite corriger mais ne pas remettre en cause. Cette différence d’approche ne pose réellement problème que quand elle s’incarne dans des désaccords pratiques mais elle est suffisamment profonde pour resurgir régulièrement.

Pour poursuivre avec les questions qui peuvent être sources de divergences, il faut s’arrêter sur l’état actuel des discussions dans le cadre de l’ONU. Jusqu’à présent la structure de l’ONU en charge des négociations climatiques (UNFCCC, ou CCNUCC en français) travaillait en parallèle dans deux sous-cadres de discussion, celui des signataires de l’accord de Kyoto et celui qui regroupait tous les états, y compris les non-signataires (dont les États-Unis) avec l’objectif de réunir tous les états dans un accord général post-2020 qui serait une suite de Kyoto et qui engagerait tous les signataires. Aujourd’hui cette ambition est de fait abandonnée et une autre perspective est engagée. Fin août 2014, Barak Obama a annoncé que les États-Unis annonceraient leurs engagements de réduction de gaz à effet de serre et de soutien aux pays du sud (dans le « fond vert » créé par l’ONU) de façon unilatérale, sans s’engager dans un accord contraignant, avec une formule, « name & shame », qui propose que tous les états s’engagent sur leur niveau de réduction de gaz à effet de serre et de contribution au fond vert et que l’ONU se contente de faire l’addition de ces engagement pour vérifier qu’ils correspondent aux recommandations du GIEC. Le gouvernement français, qui veut éviter à tout prix un échec comme celui de Copenhague, est, comme l’Union Européenne, prête à accepter cette nouvelle perspective qui permettrait également à la Chine – premier émetteur de gaz à effet de serre - d’éviter d’être soumis à un accord contraignant.

Lors des discussions de New York, en septembre, les pays du sud se sont exprimés par la parole d’Evo Morales ; ils ont rappelé leurs positions traditionnelles et donc exigé un accord contraignant, dans la lignée de l’accord de Kyoto. Cette position est également, aujourd’hui, celle de toutes les ONG et mouvements pour la justice climatique. Mais il est clair que la proposition des États-Unis et les premières réactions (ou absence de réaction) européennes et chinoises va déplacer les termes du débats avec des conséquences parfois imprévues. La première conséquence apparemment paradoxale d’une logique purement déclarative est de rendre impossible la mise en place d’un marché mondial des émissions de gaz à effet de serre : un tel marché ne peut exister sans gendarme ou organisme de règlement des différends qui ne peut être mise en place que si un accord international le prévoit. La Banque mondiale ne s’y est pas trompée et propose maintenant de donner la priorité au fait de fixer un prix au carbone, par des mécanismes laissés au choix de chaque État, taxes ou marchés locaux, nationaux ou régionaux de gaz à effet de serre. Si un accord international comme celui de Kyoto n’offre pas la garantie absolue d’être respecté par ses signataires, une simple déclaration d’intention d’un gouvernement est évidemment encore moins crédible dans la durée. Les États devraient annoncer en mars 2015 ce que seraient leurs engagements pour la COP 21 de Paris, mais le niveau des espoirs est aujourd’hui au plus bas… et la réaction des différentes composantes des coalitions pour la justice climatique sera un test de la capacité à travailler ensemble sur le long terme !

Mouvements militants et acteurs basés sur l’Internet

Le troisième défi est d’un toute autre niveau et il peut sembler le plus simple à surmonter, mais il permet de pointer des questions d’ordre plus général.

Les organisateurs de la marche de New York sont de natures différentes. Sierra Club et Climate Justice Alliance sont des mouvements militants, avec des groupes locaux qui s’investissent dans des luttes concrètes. 350.org est une organisation hybride. Créée en 2007 aux États-Unis par Bill McKibben, elle se concentre sur la lutte contre le changement climatique (son nom vient de la recommandation de la communauté scientifique de ne pas dépasser 350 parts de CO2 par million) et est à la fois un mouvement sur internet et un mouvement militant, avec des groupes dans les universités américaines. Avaaz est une structure basée seulement sur l’internet. Avaaz a été créé en 2007 aux États-Unis, mais avec une ambition mondiale, sous l’impulsion principale de MoveOn, un outil de mobilisation en ligne proche de la gauche du parti démocrate. Avaaz est un outil de mobilisation sur tous les sujets, le soutien au soulèvement en Syrie, la lutte contre le changement climatique, contre le virus Ebola ou la disparition des 43 étudiants mexicains de l’état de Guerrero. Avaaz revendique 38 millions de « membres » (dont 4 millions en France), qui sont tous des membres sur internet et les finances d’Avaaz sont basées sur ce que leur apportent des fondations mais aussi sur de très nombreux dons en ligne.

La cohabitation et la collaboration de mouvements de natures aussi différentes est difficile pour des raisons de structures et de pratiques militantes. Avaaz est animé, de New York, par une petite équipe de salariés, et des équipes équivalentes de salariés se trouvent dans différents pays, mais sans qu’aucun d’entre eux n’aient de compte à rendre devant des structures militantes. Le lien avec les millions de « membres d’Avaaz se fait par sondage en ligne auprès de panels de membres tirés au sort, sondages qui permettent de savoir quelles priorités préfèrent les membres du panel. Une telle structure, extrêmement centralisée et bénéficiant de la rapidité et de la puissance des outils informatique et de l’internet, peut décider de lancer une pétition en quelque jours et recueillir des millions de signatures en ligne et des centaines de milliers de dollars de dons, là aussi payés en ligne, en moins d’une semaine. On comprend facilement que face à ces pratiques, les mouvements qui s’appuient sur des réseaux militants locaux, qui ont des congrès ou assemblées générales et qui doivent en permanence discuter avec les groupes de base ne puissent pas rivaliser avec cette puissance de frappe et soient plus qu’agacés de voir une structure aussi centralisée et pratiquant une démocratie totalement virtuelle imposer son agenda et ses messages !

S’il ne faut pas tomber dans l’admiration béate devant ce type de mouvement internet et croire sur parole Avaaz qui se félicite de pouvoir être « un mouvement supranational qui est plus démocratique et qui pourrait être plus efficace que l’ONU », il serait tout aussi dangereux de sous-estimer l’action de ces nouvelles structures. Certes, à New York, il était très difficile de trouver un badge ou une banderole signée Avaaz dans la manifestation du 21 septembre, mais Avaaz n’est pas pour rien dans le succès de cette journée et, dans le reste du monde, là où il ne s’étaient pas mis en place de cadres de mobilisation associant les groupes militants plus « traditionnels », les manifestations du 21 septembre ont regroupé beaucoup de monde, et cela grâce pour l’essentiel à la mobilisation en ligne d’Avaaz.

Sur le papier, l’action complémentaire de mouvements internet et de mouvements militants au fonctionnement plus traditionnel pourrait multiplier les forces et accroître l’impact des campagnes et mobilisations. C’est ce qui s’est passé à New York et c’est une des causes du succès de la marche du 21 septembre. Mais cela ne s’est pas fait à New York sans débats et tensions. Pour l’avenir, il faudrait pouvoir se mettre d’accord sur des principes de fonctionnement qui donne la priorité à ceux qui sont les premiers affectés par le changement climatique ou qui luttent jour après jour contre des « grands projets inutiles » qui ne peuvent qu’aggraver la situation climatique. Ces principes concernent évidemment les acteurs internet mais aussi ceux qui bénéficient d’une forte visibilité nationale ou internationale et ils doivent se combiner avec un principe de respect mutuel et d’appui réciproque même quand les choix tactiques peuvent être différents. Trois exemples venant des États-Unis permettent d’être plus concret :

  • Un débat a eu lieu dans la coalition américaine de préparation du 21 septembre sur l’ordre de la manifestation, certains voulaient avoir en tête de cortège les « personnalités » comme Al Gore ou Leonardo DiCaprio ; finalement, et cela a donné une tonalité très forte à la marche, ce sont des jeunes de communautés marginalisés, afro-américains ou issues de l’immigration, qui ont ouvert la marche,
  • Dans le même esprit, une discussion est ouverte entre les fondations progressistes américaines (qui financent les mouvements et associations qui, contrairement à la France, ne bénéficient pas de subventions de collectivités locales, par exemple), les mouvements de base et les « big green » (Greenpeace, WWF, Sierra Club) pour se fixer des règles communes qui portent sur la répartition équitable des aides des fondations et sur les pratiques à appliquer sur le plan local, en donnant la priorité à celles et ceux qui se battent sur le terrain,
  • La marche du 21 septembre a été critiquée, dans une première étape, par son absence de revendications et d’objectifs clairs ; une des réponses données par des mouvements issus de la mouvance de « Occupy Wall Street » a été de soutenir la marche du 21, mais aussi d’organiser le 22 septembre une vaste action directe non-violente appelée « Flood Wall Street », inonder Wall Street en référence au cyclone Sandy a affecté New York en 2013 ; 350.org n’a pas appelé directement à cette action, mais y a envoyé beaucoup de leurs militants et Bill McKibben a envoyé de nombreux Tweet de soutien, démontrant ainsi sa solidarité avec l’action en cours.

Ces exemples sont évidemment datés et situés dans leur contexte, mais ils sont illustratifs de l’état d’esprit et des principes qui devraient guider les coalitions pour la justice climatique, en France comme ailleurs. Si ces conditions sont remplies, les deux premiers défis présentés dans cet article seront plus faciles à franchir !