Cette Europe malade du néolibéralisme, l’urgence de désobéir

mercredi 24 avril 2019, par Aurélie Trouvé, Dominique Plihon

L’Union européenne connaît une crise existentielle. Son avenir est incertain. Et si la seule manière de sauver l’Europe était de désobéir aux traités qui la fondent  ? La désobéissance des citoyen·ne·s et des gouvernements ou l’éclatement de l’Union européenne, telle est l’alternative. Voilà le parti pris de l’ouvrage rédigé par des membres d’Attac et de la Fondation Copernic dans la perspective des prochaines élections européennes.

Un fédéralisme autoritaire
Au début, l’Europe était un projet ambitieux et mobilisateur. En effet, au lendemain des deux massacres que représentèrent les Guerres mondiales successives dont l’Europe fut l’épicentre, la perspective d’une «  union sans cesse plus étroite entre les peuples européens  » que promettait de construire le Traité de Rome à travers la Communauté économique européenne (CEE) se voulait d’abord gage de paix et de développement commun et solidaire. La Politique agricole commune (PAC) comme la mise en place des instruments efficaces d’une politique de «  fonds structurels  » en témoignèrent concrètement.

La suite a été écrite différemment, avec notamment l’Acte unique de 1986 dans la CEE, puis dans l’Union européenne (UE), à partir de 1992 avec le Traité de Maastricht. Depuis sa naissance, l’UE s’est ainsi totalement inscrite dans des procédures et des institutions propres au néolibéralisme. Et ses évolutions institutionnelles successives, Traité de Lisbonne, «  Six-pack  », «  Two-pack  » et enfin le Pacte budgétaire européen, officiellement appelé «  Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance  » (TSCG), n’ont fait qu’approfondir cette évolution pour aboutir à un fédéralisme autoritaire.

A la croisée des chemins
L’UE est désormais un espace soumis au dumping social et fiscal, régi par la prééminence du droit de la concurrence et de la liberté d’entreprendre. Ses élargissements successifs n’ont fait qu’accroître l’hétérogénéité économique et sociale de ses États membres, ce qui a exacerbé la concurrence alors que ces élargissements auraient dû au contraire s’accompagner d’un surcroît de solidarité.

Aujourd’hui, après dix pleines années de crise non seulement mondiale, mais aussi spécifiquement européenne, marquées par des politiques d’austérité imposées au nom de règles économiquement absurdes qui ont mis les peuples à genoux, l’UE est à la croisée des chemins. Face à cette Europe antidémocratique et austéritaire, un seul horizon paraît se profiler, celui du nationalisme. C’est ce qu’illustrent les victoires successives, aux quatre coins de l’Europe, d’une extrême-droite hétérogène mais toujours xénophobe et favorable aux politiques néolibérales.

La défiance massive des peuples envers l’UE va jusqu’à susciter une volonté de sortie. Mais, précisément, les avatars du Brexit montrent éloquemment combien une sortie unilatérale d’un ensemble aux économies fortement intriquées s’avère complexe, difficile et, en définitive, lourde de péril. Encore le Royaume-Uni n’est-il pas membre de la zone euro… Un éventuel Frexit n’en serait donc, comme le démontrent les auteurs de ce livre, que plus périlleux encore.

Désobéir aux traités
Alors, entre le carcan des traités et le péril de la sortie, que choisir  ? Ni l’un, ni l’autre, à vrai dire. Cet ouvrage s’efforce de montrer qu’il existe une stratégie et des politiques alternatives  : désobéir aux traités pour retrouver l’exercice d’une souveraineté citoyenne perdue, pour affirmer la primauté de la démocratie contre les règles qui ont été imposées… avec la volonté de construire une Europe solidaire et écologique.

Les auteurs de l’ouvrage présentent les politiques alternatives qui permettront de rompre avec la logique des traités et de promouvoir la transition écologique et sociale. Les politiques de rupture qui sont décrites concernent le contrôle des capitaux, les réformes fiscales et financières, en passant par la remise en cause de la logique libre-échangiste et productiviste, ainsi que la reprise du contrôle de la dette «  souveraine  » afin de réduire la tutelle des marchés. Mais ces politiques de rupture doivent aller de pair avec des politiques de solidarité, et non de fermeture des frontières. C’est le seul moyen d’engager les peuples dans la construction d’une véritable communauté politique européenne. La désobéissance ou l’éclatement, telle est désormais l’alternative.

P.-S.

Cette Europe malade du néolibéralisme, l’urgence de désobéir
Coordonné par Pierre Khalfa, Dominique Plihon, Jacques Rigaudiat, Aurélie Trouvé
Attac & Fondation Copernic, mars 2019, Les Liens qui Libèrent

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