Un autre site web est possible !
Vous naviguez actuellement sur l'ancien site d'Attac France. Visitez le nouveau site de l'association : http://france.attac.org

05 - Les conséquences de la mondialisation des marchés
article publié le 20/08/2001
auteur-e(s) : Rqic

La mondialisation actuelle des économies, que l’on appelle parfois la « globalisation » pour la distinguer des phases antérieures d’intégration économique, a des effets négatifs aussi bien sur les économies que sur les sociétés, sur les conditions de vie, de même que sur les milieux de vie eux-mêmes. Parmi ces effets négatifs, nous en retiendrons cinq.


La mondialisation de quoi

La mondialisation de quoi, comment, pour qui?

 

Troisième partie: les conséquences de la mondialisation des marchés 

La mondialisation actuelle des économies, que l’on appelle parfois la «globalisation» pour la distinguer des phases antérieures d’intégration économique, a des effets négatifs aussi bien sur les économies que sur les sociétés, sur les conditions de vie, de même que sur les milieux de vie eux-mêmes. Parmi ces effets négatifs, nous en retiendrons cinq. 

1- La croissance sans emploi

Une des caractéristiques les plus paradoxales de la mondialisation actuelle, c’est que, loin de conduire à la croissance de l’emploi, elle s’appuie au contraire sur la réduction des effectifs, aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. 

Depuis l’entrée en vigueur de l’ALÉ en 1989, puis de l’ALÉNA en 1994, l’emploi a chuté de près de 15% dans les secteurs qui n’ont pas été touchés par le libre-échange, comparativement à une baisse de 8% pour les secteurs touchés. En fait, l’Accord a tout au plus contribué à ralentir la chute de l’emploi dans le secteur manufacturier. Plus significativement d’ailleurs, le Québec a connu des taux de chômage particulièrement élevés au cours des derniers dix ans (plus de 11%), en baisse à 9,9% à la fin de 1998. 

Témoignent également de la détérioration de la conjoncture, l’augmentation du nombre des prestataires de l’aide sociale (595 000 en 1991 et 793 000 en 1997), le plafonnement du nombre des salariés (à 2,7 millions) et l’importante baisse de la syndicalisation (de 48,5% en 1991 à 40,3% en 1997). Ces facteurs expliquent que l’emploi créé se fait surtout dans des secteurs mous et qu’il s’agisse d’emplois précaires.

2- L’appauvrissement

Nous assistons à l’heure actuelle à la montée d’un double phénomène, celui de l’accroissement de l’écart entre pays riches et pays pauvres d’une part, celui de l’accroissement entre riches et pauvres à l’intérieur de tous les pays qui ne prévoient pas de mesures spécifiques destinées à contrer les effets de l’appauvrissement d’autre part.

Par ailleurs, nous assistons également à l’émergence d’un phénomène nouveau, celui de l’accroissement de la pauvreté absolue. Cette pauvreté absolue a un sexe puisque ce sont surtout les femmes qui en sont les premières victimes, aussi bien dans les sociétés industrialisées que dans les sociétés traditionnelles.

3- Les crises financières

La crise asiatique et celle qui menace l’Amérique latine sont directement liées à un aspect spécifique de la mondialisation, celui que l’on identifie comme étant la globalisation des marchés et, en particulier, la globalisation des marchés financiers et spéculatifs. Cette crise a été provoquée à partir de 1997 par des sorties massives de capitaux effectuées par des investisseurs privés internationaux à la recherche de meilleurs rendements mais frileux devant la moindre incertitude. Il faut dire que le démantèlement des différents contrôles nationaux sur les mouvements internationaux des capitaux, réalisés sous les pressions du Fonds monétaire international (FMI) et à la faveur de traités comme l’ALÉNA, est un facteur qui a contribué à l’instabilité créée par des flux massifs de capitaux.

Faisant mine de ne pas voir la corruption et la répression qui caractérisaient plusieurs «dragons» de l’Asie, le FMI présentait auparavant ces pays comme des modèles à suivre. Aujourd’hui, le même FMI force ces pays à appliquer des politiques draconiennes d’austérité, provoquant par le fait même la création de millions de nouveaux chômeurs et la chute dramatique du niveau de vie de la population. Dans le cas de l’Indonésie, un pays de presque 200 millions de population avec un revenu annuel de seulement 980 millions $US par habitant, l’activité économique s’est rétrécie de 15,5 % en 1998.

La crise asiatique de 1997 a été suivie par celles de la Russie en 1998 et du Brésil et d’autres pays d’Amérique latine en 1999. Dans chaque cas, la recette dictée par le FMI et les institutions financières privées était la même : privatisations des services publics, coupes importantes des budgets sociaux, majoration des taux d’intérêt, réduction des salaires réels. De l’application de ces politiques découle inévitablement une explosion du chômage, de la misère et des tensions sociales. Voilà pourquoi des organisations progressistes dans les différents continents exigent une refonte des institutions financières internationales (dont le FMI), la mise en place de contrôles nationaux sur les flux internationaux de capitaux et l’établissement d’une taxe mondiale sur les transactions financières internationales (mieux connue comme la taxe Tobin).

4- La détérioration de l'environnement

À cause de la déréglementation des marchés et à cause de la surenchère engagée entre gouvernements pour attirer à tout prix l’investissement étranger, nous assistons présentement à une surexploitation des richesses naturelles renouvelables et non-renouvelables, de même qu’à une forte détérioration de l’environnement.

La mondialisation des marchés a des conséquences importantes sur l'environnement. En effet, le commerce international entraîne nécessairement des effets néfastes sur l'environnement comme la surexploitation des ressources naturelles renouvelables et non-renouvelables, la génération accrue de déchets de toute sorte, la perte de biodiversité et une consommation énergétique accrue en raison du transport des biens et marchandises sur de longues distances. Ces effets sur l'environnement seront accentués par les initiatives visant à libéraliser davantage le commerce international. Par ailleurs, le cadre actuel en matière de commerce et d'investissement internationaux ne tient pas compte des coûts environnementaux dans sa régulation des échanges internationaux. Ces coûts sont alors externalisés (pas incorporés dans les coûts de production) par le jeu des entreprises et des États qui voient là un avantage compétitif. Il en résulte une course des États vers une déréglementation au plan environnemental et une plus grande tolérance (voire même, indifférence) dans l'application des normes et des mécanismes de contrôle environnementaux (voire le texte en annexe sur la déreglementation au Québec). 

Les conséquences sur l'environnement entraînent inévitablement une plus grande détérioration de notre patrimoine naturel causé par sa surexploitation et une pollution accrue, qui finalement constituent une perte d'espaces naturels et une menace directe à la santé et à la subsistance des générations humaines actuelles et futures. L'externalisation des coûts environnementaux, souvent appelé "dumping environnemental", constitue en fait une subvention déguisée à la production et est donc un échec autant du point de vue du libre échange que du développement durable. 

Une meilleure régulation du commerce et des investissements internationaux comporte la possibilité, d'atténuer et de compenser certains des effets inévitables sur l'environnement, ainsi que d'en éviter d'autres et même d'avoir des effets positifs. Aucun résultat substantiel ne sera atteint cependant, à moins que la protection de l'environnement ne devienne un principe directeur réel des accords internationaux sur le commerce et les investissement, ce qui impliquerait entre autres : 

la reconnaissance de la prépondérance des accords environnementaux multilatéraux (AEM) sur les accords de commerce et d'investissement, ainsi que des limites environnementales à la croissance économique; 

l'incorporation de mécanismes de protection de l'environnement directement dans les accords de commerce et d'investissement, et non seulement dans des accords parallèles;

l'adoption de normes environnementales minimales au niveau international, qui régissent aussi le procédés et les méthodes de production, et non seulement les produits;

la reconnaissance d'une dette écologique envers certains pays et régions, et la disponibilité de ressources pour assurer le transfert de biens, de services et de technologies environnementaux, ainsi que l'application effective des législations environnementales nationales et internationales dans tous les pays, en particulier, les plus défavorisés. 

La mondialisation des marchés doit donc passer autant par une justification environnementale et sociale que par une justification économique. Pour ce faire, il nous faut, entre autres choses, la tenue de processus de consultation directe et démocratique des citoyens et des citoyennes et des organismes de la société civile. Ces processus présenteraient l'ensemble des justifications avant d'accentuer la mondialisation des marchés et feraient alors partie de tout processus décisionnel transparent.

5- Le militaire et la militarisation

Contrairement à ce que laisse parfois entendre une vision complaisante du rôle pacificateur des marchés, il reste que l’extension de la loi de l’offre et de la demande à tous les secteurs des économies et des sociétés ne se fait pas sans recours à la force et à la contrainte. Il n’est donc pas étonnant de voir que les sommes consacrées aux dépenses militaires sont présentement en hausse.

La situation économique de l’Amérique Latine est un véritable bouillon de culture propice à l’émergence de futurs leaders populistes d’inspiration autoritaire, proches de l’armée, comme c’est le cas au Vénézuela, au Paraguay, au Pérou et en Bolivie. Madeleine Albright, secrétaire d’État américain, a dit en mai de cette année que si l’on ne met pas un frein à la répartition inégale croissante de la richesse, l’on pourrait assister à des déséquilibres politiques et au retour de gouvernements autoritaires en Amérique Latine. Dans un courrier électronique issu de l’American Friends Service Committee’s (Comités de services d’amis américains) de l’université de Boulder, Colorado, on affirme que les équipements et la formation reçus par les autorités anti-drogues peuvent aisément servir à des fins répressives contre les insurrections. On précise également que l’aide des États-Unis à la lutte contre les drogues en Amérique Latine s’est accrue de plus de 150 pour cent au cours des dix dernières années, mais selon les estimations du département d’État lui-même, la culture de la coca a augmenté de 11,7 pour cent et la production d’opium a doublé pendant la même période.


fr
en
es
pt

Creative Commons License | Firefox 2 | Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | Contacter Attac France | SPIP