En parallèle, le « geste » temporaire de Total, avec un prix plafonné à 1,99 € le litre sur l’essence, relève surtout de la communication : l’entreprise est l’une des grandes gagnantes de la crise actuelle.
Non seulement les profits des multinationales pétrolières sont considérables, mais ils sont pour une grande partie évadés dans des paradis fiscaux. Une étude de l’Observatoire international de la fiscalité estime ainsi que pour chaque dollar de profit réalisé par les groupes pétroliers, miniers et autres raffineurs, environ 0,12 dollar sont, en temps normal, déclarés dans des juridictions à faible fiscalité. Mais lors des phases de hausse des prix des matières premières, cette part augmente à 0,20 dollar.
Face à cette situation intolérable, nous proposons de mettre en place un mécanisme de taxation unitaire des super-profits, afin de taxer ces super-profits là où l’activité est réalisée. Selon les calculs de Gabriel Zucman, si Total réalise 10 milliards d’euros de superprofits au niveau mondial en 2026 (soit le même niveau qu’en 2022), une imposition à 90 % de ces superprofits permettrait de collecter 9 milliards d’euros de recettes fiscales.
Ces sommes pourraient être affectées à des mesures d’urgence, ciblées, destinées à maintenir le pouvoir d’achat des ménages les plus impactés par les hausses de prix, tout en accélérant la transition écologique.
La taxe unitaire sur les superprofits peut être mise en place en France pour imposer les profits mondiaux de Total qui devraient être déclarés en France, selon des critères objectifs, tels que la part de la production et des ventes qui y sont réalisées, comme le suggèrent Gabriel Zucman et l’Observatoire international de la fiscalité.
Cette taxe pourrait également voir le jour dans l’Union européenne selon le même principe, en répartissant les profits mondiaux des groupes pétroliers selon des critères objectifs. D’autant plus que cinq pays européens dont l’Allemagne ont annoncé être prêts à taxer les super-profits des groupes pétroliers. Pourtant, le gouvernement français s’y oppose.
Ce scandale doit cesser : le gouvernement français doit cesser de bloquer la mise en œuvre d’une taxe européenne sur les superprofits, et commencer dès maintenant à en mettre en œuvre le principe en France. Les solutions existent, l’argent aussi. Il ne manque que la volonté politique !

