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03 - Manipulations génétiques
article publié le 10/08/2000
auteur-e(s) : Femtaa

Depuis toujours, cultivateurs et éleveurs ont cherché à améliorer les espèces végétale et animales en conservant les graines les plus performantes pour semer l’année suivante, choisissant le meilleur taureau comme reproducteur... Comment se fait une manipulation génétique ?


Les organismes génétiquement modifiés

Les organismes génétiquement modifiés (OGM)

 

Manipulations génétiques

 

'HEBDOMADAIRE DU QUOTIDIEN DES FAMILLE

 "LE LIGUER  17  47e année - 17 septembre 1997

Manipulations génétiques: entre bon et mauvais génie?

Thérèse JEUNEJEAN

Depuis toujours, cultivateurs et éleveurs ont cherché à améliorer les espèces végétale et animales en conservant les graines les plus performantes pour semer l'année suivante, choisissant le meilleur taureau comme reproducteur...

Comment se fait  une manipulation génétique?

Au départ, il y a des milliards de cellules, chacune avec son noyau comportant les           chromosomes porteurs de gènes. En utilisant l'une des techniques actuellement au point, le chercheur espère alors que l'ADN étranger pénètre un certain nombre de cellules, passent dans le noyau, puis dans le chromosome et cela, à l'endroit adéquat. Une ou deux suffisent d'ailleurs pour obtenir l'organisme génétiquement modifié. Il y a donc énormément de perte, d'une part. D'autre part, on ne peut pas prédire (sauf chez la souris, particulièrement étudiée en génétique) où, à quel endroit exactement, l'ADN étranger va s'insérer dans le code génétique de la cellule. Le hasard joue un grand rôle, comme dans toutes les découvertes scientifiques et les résultats obtenus peuvent être très différents de ceux qu'on imaginait.

Ensuite, on cultive les cellules au patrimoine génétiquement modifié pour voir ce qu'elles deviennent Une bactérie, par exemple,  produit facilement des hormones de croissance. Les choses se compliquent lorsqu'il s'agit de faire produire une protéine humaine à un mouton. On injecte alors l'ADN humain dans un oeuf de brebis fécondé. la création de tels animaux est difficile (moins de 1% de réussite chez les gros mammifères, 50/o chez les souris,...). Il faut aussi du temps pour obtenir ensuite un troupeau de moutons génétiquement modifiés. Donc ces expériences sont très coûteuses.

Pour faire la nique au temps, pour rentabiliser plus rapidement ces recherches et constituer plus vite un troupeau d'individus strictement identiques les uns aux autres, le clonage d'une brebis (c'est-à-dire sa reproduction à partir d'une unique cellule de brebis femelle) est la solution d'avenir. C'est ce que viennent de réussir des chercheurs écossais de l'institut Rothun, dont les recherches sont c~ financées par l’état britannique et une société privée.

 


Les Organismes Génétiquement Modifiés

Panorama et contribution de I'INRA

En novembre 1997, la France a annoncé la première autorisation de mise en culture d'une plante transgénique sur son territoire : elle concerne un maïs que l'introduction d'un gène de bactérie a rendu résistant à la pyrale (petit papillon dont la chenille se développe dans les tiges du mais). D'autres plantes transgéniques ont déjà reçu des avis favorables de certaines commissions françaises ou européennes et attendent une autorisation de mise en marché. Par ailleurs, l'importation de soja et de maïs contenant des graines de plantes transgéniques étant autorisée depuis décembre 1996, il est fort probable que des produits dérivés d'OGM soient déjà présents dans certains de nos aliments. L'arrivée de ces OGM sur le marché suscite d'importantes controverses entre les promoteurs de cette technique, qui en énumèrent les avantages actuels et à venir, et ses détracteurs, qui invoquent le principe de précaution et estiment que les risques pour la santé et l'environnement ont été insuffisamment étudiés.

Quelle que soit la place que nos sociétés accorderont aux OGM, les enjeux scientifiques, techniques et économiques sont importants. L'INRA participe à l'acquisition de connaissances fondamentales et à la mise au point de techniques nécessaires à la création d'OGM, mais aussi à l'évaluation des avantages et des risques qu'ils peuvent présenter. L'Institut développe des recherches visant à fournir des bases scientifiques nécessaires à la prise de décisions politiques et à l'élaboration de réglementations concernant les O.G.M.

L'INRA a aussi pour mission de mettre à la disposition des citoyens les résultats de ses recherches, et de contribuer ainsi, dans la limite de ses compétences scientifiques, à éclairer les enjeux du débat engagé sur les OGM. Ce document propose une information générale sur le génie génétique, ses applications actuelles et potentielles, les risques qu'il peut entraîner pour la santé, l'agriculture et l'environnement, ainsi que sur les questions économiques et réglementaires qu'il pose.

Un organisme génétiquement modifié (O.G.M.) est un organisme vivant dont le patrimoine génétique a subi une transformation modification de l'expression de l'un de ses gènes ou addition d'un gène étranger. Toutes les cellules de l'organisme, y compris les cellules reproductrices, possédant la transformation, celle-ci sera transmise à la descendance.

L'ensemble des techniques permettant ces interventions sur le génome constitue le génie génétique, secteur majeur des biotechnologies (techniques d'intervention sur le vivant qui comprennent aussi des procédés non génétiques comme la culture in vitro).

Le génie génétique est exploité à l'échelle industrielle depuis plusieurs années pour faire produire à des micro-organismes cultivés en laboratoire des molécules à usage thérapeutique. La question des OGM n'est donc pas totalement nouvelle.

De la cellule modifiée à l'OGM

Le transfert de gène étant effectué sur une seule cellule, l'obtention d'un OGM nécessite (pour tous les organismes pluricellulaires) la régénération d'un organisme entier à partir de la cellule modifiée. Cette cellule doit donc être totipotente, c'est-à-dire posséder cette capacité de redonner un organisme entier. La question se pose différemment pour les végétaux et pour les animaux.

Chez les végétaux, certaines cellules de l'organisme restent totipotentes. Cette propriété a permis la mise au point des techniques de culture in vitro. La transgénèse peut donc être réalisée sur des cellules en culture (disponibles en grand nombre, pour un coût minime), et qui redonneront ensuite facilement des plantes entières. Ces conditions techniques et économiques ont permis un développement rapide de la transgenése chez les plantes.

Chez les animaux, et notamment les vertébrés, les seules cellules totipotentes sont a priori l'oeuf fécondé et les cellules émbryonnaires résultant des toutes premières divisions de cet oeuf La transgenése ne peut donc être effectuée que sur ces cellules, or leur coût d'obtention (récupération d'ovules, fécondation in vitro) est élevé et le rendement du transfert de gènes faible. Les chercheurs ont donc exploré d'autres voies.

Ils utilisent notamment des cellules qui ont perdu leur totipotence, mais qui peuvent redonner un individu par la technique mise au point pour le clonage animal leur noyau (et donc leur génome) est transféré dans un ovule préalablement débarrassé de son propre matériel génétique (énucléé). Cet ovule comportant le matériel génétique souhaité redonne un embryon. Le transfert de noyau, qui jusqu'à une date récente n'était pratiqué qu'à partir de cellules d'embryon fraîchement isolées, est aujourd'hui réalisable à partir de cellules en culture, sur lesquelles on peut donc plus facilement effectuer un transfert de gène.

Toutefois quelle que soit la nature de la cellule modifiée, la phase de développement de l'individu (culture de l'embryon, réimplantation dans une femelle porteuse pour les mammifères) reste onéreuse.

Actuellement, le faible rendement de la transgénèse animale, et son coût très élevé pour les gros animaux, limitent considérablement ses applications.

Ces contraintes économiques sont nettement moindres pour les vertébrés inférieurs la disponibilité de grandes quantités d'oeufs et le faible coût d'élevage d'un individu ont favorisé la multiplication des recherches chez certaines espèces de poissons.

Les OGM peuvent être multipliés soit par reproduction sexuée, et réintroduits dans des schémas de croisement et de sélection classiques, soit par clonage lorsque les performances de l'OGM adulte ont été vérifiées.

Les administrations chargées de l'autorisation et du contrôle sont-elles suffisantes pour apporter une sécurité aux consommateurs?

On nous demande d'avoir confiance dans l'administration qui n'accordera son autorisation de mise sur le marché aux aliments génétiquement modifiés qu'après avoir vérifié leur absence de danger sur la base d'un certain nombre de tests. Cependant il est virtuellement impossible pour l'administration de tenir cet engagement. L'étendue de la vérification est beaucoup trop vaste pour être faite avec certitude : les manipulations génétiques entraînent de telles modifications du comportement de l'organisme-hôte qu'il est impossible de les prendre toutes en considération ou même d'en prédire les conséquences sur la santé et l'environnement. Les scientifiques avouent eux-mêmes ne connaître que 5% de ce qui se passe réellement dans l'ADN.

L'expérience a malheureusement montré à de nombreuses reprises dans le passé récent que malgré sa grande vigilance, l'administration s'est laissé déborder. Les conséquences dramatiques pour le public ne sont toujours pas résorbées. Et pourtant dans ces affaires, il s'agissait de cas plus sûrs et bien moins complexes que celui qui nous préoccupe aujourd'hui.

C'est pourquoi devant l'importance des risques à court terme et à long terme sur la santé et l'environnement, nous demandons la suspension de toute autorisation de mise sur le marché de produits transgéniques sous quelque forme que ce soit, et la constitution d'un moratoire de 50 ans pour s'assurer de l'absence d'effets secondaires néfastes.


 

L'étude ci-dessus est fournie par, et est sous la responsabilité de, le Parti de la Loi Naturelle.

Gros plan sur:  Alerte aux OGM! Organismes génétiquement Manipulés

Les risques pour lenvironnement et la santé humaine liés à la diffusion des plantes transgéniques font le plus souvent l'objet de débats complexes au sein d'un cercle restreint de scientifiques. Il est temps que la société civile. puisse s' exprimer.

Si la biologie moléculaire progresse rapidement, elle ne permet pourtant pas, dans l'état actuel des connaissances, d'assurer aux consommateurs une véritable sécurité alimentaire. De plus, les recherches consacrées aux conséquences écologiques et sanitaires de l'introduction des OGM dus l'environnement et l'alimentation restent très insuffisantes. Pour la plupart des espèces, les expériences en champ ne se déroulent que depuis quelques années, une période trop courte pour voir l'évolution génétique sur plusieurs générations.

Pourtant, la brève histoire des OGM a déjà connu des déboires inattendus qui incitent à la vigilance. Ainsi, en 1996, la récolte d'un coton transgénique Bt (qui utilisait un gène du Bacillus thuringiensis), fabriqué par la firme américaine Monsanto, a été catastrophique. Production insuffisante de toxine insecticide (génétiquement induite), nouveaux ravageurs ? Aucune explication complète n'a été apportée.

Certains risques écologiques sont maintenant clairement identifiés. Une plante (colza, betterave) dotée d'un gène de résistance à un herbicide peut le transmettre à des espèces sauvages de la même famille. Il faudrait alors faire face à des mauvaises herbes résistantes aux herbicides totaux.

Les conséquences de l'introduction des OGM dans l'alimentation sont encore trop peu connues. Par exemple, le fait que la plante puisse se comporter comme un pesticide ou absorber un herbicide total peut avoir des répercussions sur l'ensemble de la chaîne alimentaire. Bien que le recul manque pour identifier les nouveaux risques, force est de constater que les tests de toxicité chronique ne sont pas effectués systématiquement et qu'en cas d'apparition de nouvelles allergies il sera très difficile d'en déterminer la cause.

Certains scientifiques sont également inquiets d'un éventuel passage vers les bactéries d'une résistance aux antibiotiques et de là vers la chaîne alimentaire. Même Si ce risque est faible, de nombreux experts demandent que ce type de manipulation soit interdit. Pourquoi, dans ces conditions, avoir autorisé le maïs Bt, porteur de résistance à un antibiotique très utilisé, l'Ampicilline? Chaque résistance à un antibiotique, même mineur, restreint la panoplie de riposte thérapeutique.

Enfin, des scénarios d'accidents majeurs ne peuvent être complètement écartés. Ainsi, certains chercheurs estiment que des OGM obtenus par introduction de gènes de virus pourraient être à l'origine de nouvelles maladies. Cette hypothèse justifie à elle seule l'application d'un très strict principe de précaution.

Le collectif constitué de : Agir pour l'Environnement - Alliances Paysans, Ecologistes, Consommateurs - Conseil national des associations familiales laïques - Confédération paysanne - Ecoropa

- Greenpeace - France Nature Environnement - Nature & Progrès demande un moratoire sur les OGM. Il diffuse des cartes postales à adresser à M. le Premier Ministre et à M. le Président de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et techniques.

OGM, mode d’emploi.

Pour tous les organismes vivants, l'information nécessaire à la survie et à la multiplication des cellules qui les constituent se trouve dans les chromosomes (constitués d'ADN). Ceux-ci contiennent les gênes, c'est-à-dire les plans de construction d'énormes molécules, les diverses protéines composant et caractérisant la matière vivante.

Dans la nature, les transferts de gênes s'effectuent le plus souvent à l'intérieur d'une espèce. Par contre, pour obtenir une plante transgénique, il faut réussir à dépasser les défenses naturelles d'une cellule hôte pour y implanter un gène extérieur. Un légume peut ainsi intégrer un gène de bactérie, de poisson ou même d'être humain.

Le principe est simple mais la réalité est très complexe: un organisme contient des milliers, voire des dizaines de milliers de gènes. Des gènes ayant la même fonction n'ont pas nécessairement la même structure ou bien leur fonction peut dépendre d'autres gènes. D'autres difficultés surgissent des techniques utilisées lors des manipulations génétiques : le plus souvent on ne connaît pas le nombre de gènes insérés, ni leur localisation sur les chromosomes.

Pour les tenant des OGM, la transgénèse n'est qu'une technique supplémentaire dans l'effort millénaire de l'homme de sélectionner les espèces de plantes et d'animaux domestiques qui lui sont le plus profitables. En réalité, les manipulations génétiques représentent un saut qualitatif et quantitatif énorme par rapport aux procédés traditionnels de sélection et d'hybridation.

Les débuts de la transgénèse ne datent que d'un peu plus de vingt ans, et la tomate « Flavr Savr » a été la première plante transgénique à être commercialisée en 1993. Depuis, c'est plus d'une vingtaine de variétés végétales qui ont été mises sur le marché dans différents pays.

Pour la plupart ces espèces sont résistantes à des herbicides, produits chimiques commercialisés par les industriels qui - ont  également breveté les variétés végétales nouvellement créées. Ce qui se met en place, c'est tout simplement le contrôle du vivant par des firmes privées.

 


LE SOIR.- Supplément Septième Soir Samedi 4 janvier 1997 page 14/15

SCIENCE CES VÉGÉTAUX MODIFIÉS DANS NOS LABOFATOIFESÀ Gembloux comme à Gand, les manipulations génétiques n'ont rien de bien révolutionnaires...

Ce qui choque avec le soja, le maïs ou le colza transgéniques en voie d'apparition sur nos marchés, c'est que l'on ne sait pas où s'arrêtera le progrès. En l'espèce, on a inoculé aux plantes un gène étranger, grâce à une bactérie qui provoque une soudaine résistance à certains herbicides. Une modification portée à l'essence même de tout être vivant, son patrimoine génétique, dont il est difficile d'affirmer, à l'heure actuelle, qu'elle est entièrement dénuée de risques pour l'environnement ou pour la santé. Mais soit. Quelle que soit l'issue des polémiques engendrées par ces aliments d'un nouveau type, d'aucuns prétendront qu'elles arrivent sans doute un peu tard. Le Centre de recherches agronomiques de Gembloux comme celui de Gand, tous deux chapeautés par le ministère fédéral de l'Agriculture (et donc peu soupçonnés de courir après le profit), disposent d'ailleurs de départements voués aux biotechnologies. Où les techniques de la biologie moléculaire servent depuis plusieurs années à modifier des plantes, des arbres et des fleurs qui, parfois, nous entourent déjà.

UN CHANGEMENT D'ÉCHELLE AUX IMPLICATIONS MULTIPLES

Il est vrai que le tout premier végétal dont l'hérédité fut modifiée par génie génétique (un tabac doté d'un gène de bactérie) a été mis au monde à Gand, en 1983, par deux chercheurs universitaires, Marc Van Montagu et Jeff Schell, qui allaient faire fortune en créant la société Plant Genetic Systems. Et depuis cette découverte, les agronomes ont compris l'intérêt des biotechnologies, en premier lieu pour améliorer les anciennes techniques de sélection des plantes, souvent imparfaites et empiriques. Car les croisements successifs et autres bouturages appliqués depuis des lustres ont bien pour mission de modifier le patrimoine génétique des espèces.

Si les biotechnologies modernes qui ont vu le jour vers la fin des années 70, ou au cours de la décennie suivante, paraissent révolutionnaires et pleines de promesses, elles n'ont finalement innové que par la taille des manipulations mises en oeuvre, résume Philippe Boxus, directeur de la station des cultures fruitières et maraîchères de Gembloux, laquelle vient de fêter son cinquantième anniversaire et fait aujourd'hui partie du département de biotechnologie. Mais dans le cadre des nouvelles technologies, la recombinaison des gênes, l'hybridation, ne s'effectue plus au niveau des organismes entiers mais bien au niveau cellulaire et moléculaire.

Un changement d'échelle qui permet, aux yeux de Marc De Loose, responsable du département de la génétique et de l'amélioration des plantes au Centre de recherches de Gand, trois types d'applications : la culture de tissu végétal, qui permet la multiplication rapide de génotypes; les techniques moléculaires, qui peuvent procurer des informations directes sur le génotype et contribuent ainsi à orienter la sélection et les croisements. Et enfin, la modification génétique qui, en contribuant à l'introduction dans les plantes de nouveaux marqueurs et de nouvelles propriétés, permet d'élargir fortement la variation génétique à partir de laquelle s'opère la sélection.

Exemples tirés des recherches gembloutoises. Bernard Watillon s'est penché sur le cas des végétaux ligneux. Son objectif: obtenir une meilleure maîtrise de la morphogenèse du pommier, parvenir à contrôler la taille des arbres et la qualité des fruits (coloration, calibre) tout en améliorant les conditions de la cueillette. Pour ce faire, il a utilisé les outils de la biologie moléculaire : grâce à celles-ci, il est possible d'identifier les gènes impliqués dans les mécanismes de régulation à l'oeuvre au sein des organismes végétaux, de les caractériser et, par la suite, de les utiliser dans le cadre d'une stratégie d'amélioration par transformation génétique, précise-t-il. Le chercheur a donc commencé par sélectionner un groupe de gènes dont il a voulu mieux connaître le rôle dans la régulation de la croissance du pommier. Et comme d'autres auraient utilisé des souris de laboratoire, Bernard Watillon a introduit ces  Gènes dans des plantes de tabac. Sur lesquelles il a pu constater qu'en effet, ces gènes-là provoquent de sévères altérations morphologiques. Ce qui ouvre la voie à une manipulation génétique de la forme des végétaux, même s'il est clair que de nombreux points restent à élucider avant de pouvoir les utiliser de manière rationnelle.

CHICON, CERISIER...  ET POMME DE TERRE

Le cas du pommier n'est pas exceptionnel. Pour tenter de remédier à la maladie de «l'axe brun» du chicon, par exemple, ce sont également aux gènes que les chercheurs s'intéressent : il s'agit, cette fois, d'étudier la principale protéine responsable des échanges de calcium, en commençant par mesurer sa présence dans les axes atteints par la maladie. Toujours à propos du chicon, mais aussi de l'asperge ou de la chicorée, on améliore sans cesse les techniques de clonage « in vitro», afin d'offrir à l'agriculteur des lignées pures, souvent difficiles à obtenir dans la nature. Techniques qui permettent notamment de produire une semence « artificielle» et autorisent plus facilement, on y revient, les transformations génétiques.

Il faut noter qu'en 1992 déjà, un gène de résistance à un herbicide a pu être transféré à la chicorée, tout comme un gène de stérilité mâle (par Plant Genetie Systems) utile à l'obtention de variétés hybrides homogènes. A Gembloux, on essaie également de transférer, à des sujets porte-greffe nanisants de cerisiers, de tels gènes de résistance...

Mais d'autres recherches s'attardent sur la bonne vieille pomme de terre. Comme le rappelle Jean-Louis Rolot, de la Station Haute Belgique, cette culture extrêmement répandue rencontre en effet un problème bien connu la facilité avec laquelle les infections se transmettent de génération en génération par le tubercule, pour aboutir à la «dégénérescence» de la variété et finalement obliger le cultivateur à remplacer entièrement son « stock ». Un vieux problème pour lequel il existe depuis longtemps certains remèdes, bons mais imparfaits : graines peu sensibles aux infections (mais qui doivent passer par les pépinières et ne garantissent pas des plantes homogènes), ou modèles de sélection clonale, reposant sur le choix de quelques tubercules sains puis leur multiplication... mais laissant régulièrement passer des virus.

Ce n 'est qu'avec le développement de méthodes de détection efficaces et d'éradication des virus présents à l'état latent dans les stocks de semence, grâce aux cultures « in vitro », que la qualité générale des productions de plants s'est réellement améliorée, explique Jean-Louis Rolot. Et aujourd'hui, la pomme de terre que le consommateur occidental retrouve dans son assiette a pratiquement toujours une origine « in vitro ».

Or donc, étant donné les difficultés rencontrées par les plantes lors de leur passage vers des conditions de culture de plein champ (« in vivo ») et qui nécessitent une période d'acclimatation en serres, la Station de Haute Belgique travaille à l'amélioration des vitrotubercules, ces tubercules produits en laboratoires, dans des conditions entièrement aseptiques...

Voilà donc quelques exemples qui rappellent que les biotechnologies ont envahi, depuis plusieurs années déjà, les laboratoires de nos agronomes. Ce qui n'enlève rien à la nécessité d'en contrôler le développement, de mesurer l'effet de chaque opération sur l'environnement ou la santé. Mais permet de rappeler qu'il sera, désormais, difficile de s'en passer...

CYRUS P AQUES

Banque de gènes pour conserver le patrimoine

Cinquante ans pour la Station des cultures fruitières et maraîchères de Gembloux, ça se fête. D'autant que ces cultures n'intéressent plus seulement les horticulteurs professionnels, mais également un secteur agricole en voie de diversification. Un premier bilan ? On pourrait citer l'amélioration de la chicorée de Bruxelles ou du pois de conserve, les nouvelles variétés de fraises ou les recherches, entamées en 1962, portant sur la nanification du cerisier qui aboutiront à la diffusion de sujets porte-greffe. Selon Robert Biston, directeur du Centre de recherches agronomiques de Gembloux, la renommée est toutefois venue avec l'avènement des biotechnologies et les recherches sur la multiplication par culture de tissus méristématiques , de même que l'assainissement des espèces fruitières et du cerisier.

Les priorités actuelles, Si elles ne peuvent se passer de la génétique classique, exigent d'ailleurs de plus en plus l'utilisation des biotechnologies. Il s'agit de mieux contrôler le développement des arbres fruitiers, afin d'autoriser une culture intensive et une cueillette aisée, mais aussi de déterminer, dans le cadre d'une horticulture « durable », des conditions d'adaptation des cultures légumières et fruitières aux techniques intensives de production hors-sol.

Plus classiquement la Station de phytopathologie s'emploie depuis plus de vingt ans à rassembler les variétés fruitières cultivées par le passé, dans notre pays mais pas uniquement. Répondant en cela aux recommandations de plusieurs organismes internationaux (FAO, PNUD, etc. cette banque génétique compte aujourd'hui quelque 2.500 accessions de pommiers, poiriers, et pruniers, ce qui représente environ 2.000 espèces dont 500 d'origine belge. Un bel éventail qui place cette collection, paraît-il, parmi les plus grandes d'Europe. Un quart du matériel proviendrait d'anciennes collections d'écoles d'horticulture, le reste ayant été recueilli dans les campagnes avec l'aide du public.

C'est qu'à force de sélectionner les espèces à des fins utilitaires, nombreuses sont les variétés risquant à terme leur disparition pure et simple. Or, comme le souligne Charles Populer  et Marc Lateur, ce patrimoine assure les réserves de variabilité génétiques dont dépend l'avenir de la sélection végétale. A côté de son objectif de conservation, la Station se sert donc également de ses vieux plats pour en sortir de nouveaux mets certaines variétés anciennes servent ainsi à en créer de nouvelles, plus résistantes aux maladies. Et une dizaine de types de pommiers ainsi que cinq variétés de fruits à noyaux sont vendus chaque année à une trentaine de pépiniéristes.

Des azalées gantoises et transgéniques

Le Centre de recherches agronomiques de Gand (CLO) a également mis en place un département de la génétique et de l'amélioration des plantes. Celui-ci travaille au développement de certaines espèces de graminées, de trèfles, betteraves fourragères, chicorées, radis oléifères, moutarde blanche, navets, persil... Mais les plantes ornementales bénéficient également des faveurs des chercheurs, et pour cause les roses et surtout les azalées disposent ici de certains de leurs plus éminents spécialistes ! Or, à nos yeux tout au moins, la principale qualité de ces plantes n'est-elle pas la couleur ? On comprend que les chercheurs gantois espèrent, eux aussi, profiter des biotechnologies pour en développer la palette... même s'il est entendu que les bénéfices commerciaux escomptés ne seront pas ceux du soja ou du maïs transgéniques.

La création de la variabilité est un objectif majeur dans l'amélioration des plantes, explique Marleen Mertens. Par le biais des croisements classiques, on a obtenu de nouvelles formes de plantes et de nouvelles couleurs. Le croisement d'une azalée en pot avec un rhododendron sauvage de Taiwan, par exemple, a en effet donné naissance à un nouveau type d'hybride une plante possédant les fleurs de l'azalée classique, mais qui croît en une forme pyramidale et non sphérique. Cependant, poursuit la chercheuse, l'introduction par cette voie de nouvelles caractéristiques aussi importantes est limitée et prend beaucoup de temps.

Un protocole a donc été établi pour permettre la transformation génétique des azalées, à l'aide d'une bactérie. On en est aux premiers essais mais l'expression du nouveau gène test a été détectée dans les pousses modifiées. La technique sera donc utilisée afin d'introduire une nouvelle voie de biosynthèse des couleurs.

Il faut également savoir que, chez les azalées, de nouvelles variations de couleurs florales apparaissent naturellement... mais seulement dix à vingt ans après la production du cultivar. Grâce à la culture de pousses « in vitro», dans lesquelles on a introduit des spores (à l'origine de ce curieux changement d'état), de nouvelles variétés ont vu le jour par deux fois au bout de deux années à peine.

Cela dit, les chercheurs gantois, ceux de la Station de phytopathologie cette fois-ci, ont mis également au point un nouveau diagnostic : celui-ci devra permettre de détecter d'une manière sûre, sur les plantes importées, les bactéries vectrices de maladies. Ici aussi, on a recours aux méthodes moléculaires puisque ce diagnostic recherche les fragments d'ADN typiques des agents pathogènes. Ce qui pourrait être utile, par exemple, pour lutter contre les maladies bactériennes qui atteignent le géranium. Et le problème se pose de plus en plus dans le secteur de la culture « in vitro», puisque le commerce international augmente fortement en la matière, notamment à partir de l'Asie, et que la qualité du matériel « phytosanitaire» ne serait pas contrôlée. C'est pourquoi, selon Martine Macs et Caroline Crepel, une réglementation européenne en matière de quarantaine s'impose, à l'aide d'un label de qualité basé sur la technologie de l'ADN. Un instrument qui permettrait aux pouvoirs publics de protéger la branche « à risque » des exploitations « in vitro ».

Cy.P.     Le Soir

LE SOIR SAM. 14 ET DIM. 15 NOVEMBRE 1998

Aliments génétiquement modifiés...et fiers de l'être.

L'arrivée dans nos assiettes des organismes génétiquement modifiés (OGM) ou de leurs produits dérivés bouleverse l'alimentation  humaine. L'innovation suscite, en effet, des prises de positions radicalement différentes: les perspectives d'un monde meilleur, vantées par les uns, sont ternies par les discours alarmistes proférés par les autres. La toute-puissante science, sur laquelle est censée se baser la législation européenne, ne permet pas, à elle seule, d'harmoniser les positions vis-à-vis des OGM...

Aux Etats-Unis, les biotechnologies modernes, celles qui recourent aux modifications génétiques, sont relativement bien acceptées. Il n'en est pas de même sur le Vieux Continent qui, une fois de plus, a du mal à parler d'une seule voix. Quoi qu'il en soit, Si le soja et le maïs génétiquement modifiés sont aujourd'hui autorisés en Europe, c'est parce qu'ils sont considérés comme présentant toutes les garanties nécessaires pour ne pas mettre en péril la santé de celui qui les consomme. Et il en sera probablement ainsi pour de nombreux autres aliments transgéniques déjà autorisés outre-Atlantique. Parmi eux, une nouvelle pomme de terre, plus riche en amidon, qui permet d'élaborer des frites légèrement moins grasses, ne devrait pas tarder à débarquer des Amériques...

L Europe veut jouer la transparence et informer le consommateur: depuis le début du mois de septembre, les deux OGM autorisés en Europe, le soja de Monsanto et le maïs de Novartis, doivent faire l'objet d'un étiquetage spécifique. Les produits qui contiennent des protéines ou le matériel génétique (ADN> provenant de ces OGM doivent faire référence à l'origine génétiquement modifiée sur l'étiquette. Sort ainsi concernées par ce règlement des milliers de denrées, allant du tofu prisé par les végétariens à de la crème fraîche, en passant par des macaronis au gratin surgelés contenant des protéines de soja.

SUR L'ÉTIQUETTE OU PAS?

Les sojas et maïs génétiquement modifiés sont aussi à l'origine d'ingrédients qui ne contiennent ni protéines, ni ADN et qui entrent dans la confection d'un grand nombre de produits. Le maïs est, par exemple, la matière première du sirop de glucose, un édulcorant largement utilisé dans les aliments sucrés tels que les limonades et autres confiseries. Soja et maïs servent aussi à fournir des huiles à usage domestique ou à confectionner des margarines, biscuits, plats préparés,...

Ces aliments « échappent » à l'étiquetage obligatoire. Ils devraient figurer sur ce que l'on appelle une  liste négative  dont le principe (et seulement le principe) est accepté par les instances européennes. En attendant qu'une telle liste soit établie, la situation est ambiguë pour de nombreux aliments. D'autant qu'aucun seuil n'a été fixé pour déterminer à partir de quelle quantité, la présence de protéines ou d'ADN de soja ou de maïs génétiquement modifiés impose un étiquetage particulier. En effet, les techniques d'analyse de plus en plus fines pourraient aboutir à de faux positifs: à moins de disposer de deux filières entièrement séparées. De la culture jusqu'à l'incorporation dans le produit, un lot de soja traditionnel pourrait se voir « contaminé » par des «  poussières » de soja génétiquement modifié.

Les aliments <biologiques>, qui font l'objet d'une réglementation européenne, peuvent arborer la mention Produit issu de l'agriculture biologique> pour autant que 95 % au moins du produit proviennent effectivement de ce type d'agriculture. Pour les OGM, rien de tel n'existe pour l'instant. Ces aspects étaient à l'ordre du jour lors du congrès annuel de l'association européenne pour les bio-industries (Europabio), qui s'est déroulé récemment à Bruxelles. L association dénonce les 'diverses <carences> dans la législation européenne, notamment celles concernant l'étiquetage obligatoire. Une dénonciation qui n'a pas pour objectif, comme on pourrait le croire, d'arriver à rendre le plus invisible possible la présence de protéines ou d'ADN provenant d'OGM. Au contraire, plusieurs grandes marques ont déjà pris l'initiative de mentionner, avant que la législation ne l'impose, l'origine de certains ingrédients sous la formule Obtenu par les biotechnologies modernes», sous-entendu: par modification génétique.

QUESTION DE VOCABULAIRE

Lorsqu'on parle d'OGM, le vocabulaire a son importance et donne souvent le ton. Ainsi, pour les détracteurs du procédé, on parle de  manipulation> génétique. Les défenseurs préfèrent utiliser le terme d'«amélioration> génétique, le ton le plus neutre étant modification> génétique.

Pour que le consommateur perçoive la transgenèse comme une véritable amélioration, il ne suffit pas de le convaincre de l'innocuité des OGM pour la santé. Or, pour l'instant, les ingrédients dérivés du soja et du maïs génétiquement modifiés, incorporés çà et là, n'offrent aucun avantage concret pour l'acheteur. La célèbre tomate « Flavor Savor », génétiquement débarrassée d'une enzyme responsable du ramollissement, voit son temps de conservation prolongé. Mais la tomate n'est pas meilleure pour autant. Or la demande de tomates, comme celle de tant d'autres fruits et légumes, ne décroît pas, quitte à pousser le consommateur à se satisfaire de végétaux insipides et immatures.

Lorsque le génie génétique offrira des végétaux dont la saveur est sensiblement meilleure que celle de leurs homologues »forcés>, mais non génétiquement modifiés, alors la perception des biotechnologies modernes devra connaître une nette amélioration. Et la mention <Génétiquement modifiée> perçue comme un label de qualité.

NICOLAS GUGGENBUIHL


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