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Attac dans le mouvement altermondialiste
article publié le 28/08/2004
auteur-e(s) : Xavier Stoppani, Délégué, Attac Suisse

Attac dans le mouvement altermondialiste

Bernard Cassen (à l’origine du processus du forum social, représente attac au comité international du forum social mondial et participe à la préparation du fse,Président d’honneur d’Attac France) Pierre Khalfa (union syndical G10 solidaire au CA d’attac, membre du bureau d’attac, participe à la préparation du fse), Jacques Nikonoff (Président d’Attac France)

samedi 28 août, 13h.

propos recueillis par xavier de stoppani

Jacques Nikonoff : "A l’automne 2003, parution du texte : "quel avenir pour attac..." Réalisé pour faire le point sur le néolibéralisme, d’attac, du mouvement altermondialiste et proposer les modifications de notre stratégie qui apparaîtraient nécessaires. A suivi un forum Web et de nombreuses contributions.

Certaines ont fait apparaître des divergences dans les analyses du mouvement altermondialiste et sur le projet. L’intérêt est de travailler sur ses contradictions.

Il y en a 4 principales :

- nature du mouvement. N’est-il qu’un grain de sable visant à perturber les rouages de la mondialisation néo ou est-il en train de devenir le mouvement d’émancipation humaine du 21ème siècle qui viendra poursuivre ceux nés au 19ème et dont les forces se sont épuisées ? Ou encore est-ce un lieu de gestation révolutionnaire

- réseau : le mouvement doit-il seulement s’appuyer sur une logique de réseau et de consensus, avec ces limites (lourdeur, absence de vote,...)

- place d’attac dans ce mouvement : être simplement présent dans de multiples collectifs et n’agir qu’avec ceux-ci ou aussi avoir sa propre activité, visible autonome, indépendante ?

- les forums sociaux doivent-ils se transformer en mouvement des mouvements et passer à l’action ou rester des espaces de débats et de rassemblement de forces ? Ou encore les forums sociaux doivent-ils déboucher sur des propositions, élaborer un "consensus de porto alegre" par exemple ? Comment élargir l’influence du mouvement sur le plan géographique, politique, et social ? Ou comment démocratiser le mouvement, la préparation des forums ou l’assemblée des mouvements sociaux, caricature de démocratie aujourd’hui.

Pierre Khalfa

"Partons de ce que nous avons fait avant d’élaborer des solutions. Avec "attac dans le mouvement altermondialiste", nous nous situons d’emblée dans un mouvement plus vaste. Avancées et limites du mouvement altermondialiste.

Nous sommes partis d’une situation où l’hégémonie néolibérale prédominait, véritable consensus idéologique. Aujourd’hui, l’offensive néolibérale se poursuit et nous n’avons pas pu l’enrayer et peser sur les décisions publiques. Mais il y a eu une profonde crise de légitimité de ce capitalisme : crise de gouvernance, effondrement du mythe de la nouvelle économie, effondrement même du mythe néolibérale (cf amérique latine). Dans ces crises le mouvement a pu exprimer le "non" d’une grande partie de l’humanité, désigner les responsables. Il a commencé à faire vivre les alternatives possibles ("alter" contre "anti"), autour d’idées forces communes (les droits des êtres humains l’emportent sur le droit des affaires, le peuple doit se déterminer/démocratie participative). C’est un début de reconquête des esprits, qui a déjà réussi à mettre le camp opposé sur la défensive. Les forces de ce mouvement : durable, sachant gérer sa diversité, aggrégeant de nouvelles forces, capable de proposer des alternatives.

Ses faiblesses : comment maintenir l’unité des mouvements, sans paralysie inhérente, comment faire pour peser réellement sur la situation, comment être réellement un mouvement d’émancipation ?

Quel est le rôle d’attac dans tout ça ? Attac n’est pas que attac France, il y a de multiples disparités et formats à travers le monde attac. Pas un mouvement centralisateur, un mouvement composite, divers, fait d’indépendances. Mais, corrolaire : au niveau européen pas assez coordonné. Au FSE, il y avait près de 250 associations : une partie des idées qui faisait l’originalité d’attac ont essaimé et ne sont plus son exclusivité. Attac a aussi montré le lien systématique préexistant entre toutes les manifestations du néolibéralisme, dévoilant la logique globale du système néolibéral.

Autre spécificité d’attac : dimension d’emblée internationale d’attac. Enfin, attac est déjà un mouvement altermondialiste au format réduit : des profils très variés, des attentes diverses, qui ont permis d’irriguer la société française très diversement. Rôle fédérateur à l’extérieur. L’unité du mouvement altermondialiste n’est pas une fin en soi.

Risque : se paralyser au motif de préserver l’unité.

Axes de réflexion selon moi :

Contenu des alternatives : il faut rompre avec la vision totalisante du programme. On ne peut pas avoir des réponses sur tout. Nous n’avons pas de projet. Nous avons des valeurs communes, des idées forces communes. Ensuite, nous avons des propositions, réellement applicables aujourd’hui. Je pense que nous devons travailler à un consensus de porto alegre, pour mettre en valeur les propositions communes que nous avons. A tous les niveaux, local, national, européen, international. Via des débats publics pour construire ce consensus.

Stratégie d’action du mouvement : comment créer les rapports de forces pour élargir les mailles du filet néolibéral ? La question la plus importante à mon sens. Les forums n’ont pas fait naître de dynamique de mobilisation sociale. On doit être capable de mobiliser l’ensemble du mouvement sur des sujets précis.

Rapport à la sphère politique institutionnelle :

Il faut bannir le terme de "débouchés politiques" qui suppose un partage des tâches entre partis et mouvements altermondialistes. La seule façon de faire de la politique n’est pas les élections. Notre projet, via le débat d’idée et les rapports de forces vise à transformer la réalité et c’est bien politique. Attac ne veut pas devenir un parti.

Attac est à un tournant, et le mouvement am aussi. Le mouvement est jeune, il a marqué des points sur le plan idéologique, le plus dur est maintenant de passer à l’applications de nos idées. Le chemin est d’autant plus sinueux que nous le traçons en marchant.

Bernard Cassen

"Je jouerais peut-être un peu le rôle de rabat-joie. Qui sait réellement ce qu’est le mouvement altermondialiste ? Un gros poisson sans arête centrale pourrait-on dire.

Avec Seattle, c’était un front du refus nord-américain, des gens côte à côte pour des motifs complètement différents. Le chaos de Seattle est surtout un chaos médiatique. On savait à l’avance que le sommet ne tiendrait pas. Et cette hétérogénéité du mouvement a perduré.

Exemple du Larzac 2003 : 300000 personnes, bien plus que ce que les associations pourraient rassembler, surtout des individus, portés par des valeurs personnelles. S’il fallait nomenclaturer ce mouvement ce serait impossible. Et aussi un effet d’opportunisme : tout le monde veut monter dans le train. Personne ne peut interdire quoi que ce soit. Ca rend les choses positives, ça élargit, mais ça rendre toujours plus difficile de trouver un tronc commun.

Les problèmes :

- Base sociale du mouvement. Le mouvement ne regroupe pas les classes populaires (7 millions d’employés n’y sont pas). Grave lacune si nous prétendons les émanciper.

- Pouvoir ou contre-pouvoir ? Apparemment, c’est la posture du contre-pouvoir qui fait l’unanimité. Tout changement passe obligatoirement par des changements du cadre politique institutionnel. Et précisément, la chute du néolibéralisme est une question de pouvoir. Le travail d’élaboration d’un programme de rupture est à mon avis la seule façon de peser sur les décisions des politiques. Certaines organisations politiques s’autorevendiquent déjà comme étant le réceptacle de nos revendications. Considèrant qu’on pratique illégalement la politique...

S’il y a une arête dans le mouvement altermondialiste en Europe, c’est Attac, car le plus multi-thématique. L’altermondialisme est notre raison d’être, les autres pour l’essentiel défendent une cause, un élément de la société, ou rejettent un des méfaits du néolibéralisme. Notre action embrasse le système complet : le néolibéralisme ne fonctionne pas par tranche : en France par exemple, le travail de chaque ministre répond à la même logique. C’est en existant toujours plus, en étant toujours plus nombreux, que nous pouvons consolider le mouvement altermondialiste. Sans attac, le mouvement péricliterait.

Discussion avec la salle

- Jean-Marie : en Belgique, 80% des militants sont dans le camp du contre-pouvoir, sans doute parce que les partis sont eux obsédés par le pouvoir. Je ne pense pas que, hors de France, si attac disparaissait, le mouvement altermondialiste disparaissait. Si nous lancions un vrai mouvement européen, serions-nous vraiment capables de beaucoup mobiliser ? Pourquoi pas plus de gens ne nous rejoignent-ils ? Les FS ne consomment-ils pas nos énergies ? Travaillons-nous assez, localement, notre mission d’éducation citoyenne ? Pourquoi si peu de membres participent activement à l’association ?

- Patrice (Paris) : pouvoir ou contre-pouvoir ? Débat inutile tant qu’on n’a pas modifié le rapport de force. Comment agir maintenant pour faire avancer des questions précises est plus urgent. Surtout pour saisir les classes populaires. On n’existe pas par rapport au nombre, mais par rapport aux questions qu’on pose, aux alternatives qu’on propose. Je pense même qu’on ne recrutera pas beaucoup plus. La question est : est-ce qu’on est pertinent ?

- xxx : Trouver un moyen d’accéder à un moyen de propriété sur le capital me paraît fondamental.

- frédéric : le mouvement n’a plus ni tête ni yeux. Au départ attac c’était l’éditorial de Ramonet et l’article premier de la constitution d’attac. Celui-ci définissait clairement l’adversaire de l’être humain ; financiarisation de la société. On est depuis passé au néolibéralisme et aux forums sociaux. Sentiment que ça a noyé le discours, l’engagement. On est obligé de se positionner sur de trop nombreux thèmes. On devrait relier toute action à ce point de vue "financiarisation". En quoi ça ou ça permet d’éclairer et de contrecarrer la financiarisation de l’être humain,

- Grigor. Qui est altermondialiste ? On pourrait lister les valeurs et demander aux différentes organisations si elles s’y reconnaissent.

- xxx. On n’évoque que peu la crise du mouvement social (au niveau syndicaliste comme politique).

- xxx. Il y a besoin de théorique. Redéfinir pouvoir, contre-pouvoir et "apouvoir"(sphère la plus interne, forums).

- Jean-Claude. Dans les rues, on passe toujours pour des intellectuelles, même qu’en entre nous on et comme on était au syndicat.

- Harribey : les 4 contradictions énumérées par NIkonoff n’en sont pour moi pas. Ce sont des choix mais pas des contradictions. Exemple : y-a-t-il une contradiction entre les revendications de type social et celles portées par l’altermondialisme ? Non ! Au contraire nous devons les rapprocher. La puissance de l’article 1 (financiarisation) repose sur ce qui suit : la relation entre l’altermondialisme et la création matérielle de richesse. Autre exemple : contradiction entre revendications sociales et écologiques ? Non : ce sont les plus pauvres qui pâtissent le plus et pâtiront le plus de la pollution et des méfaits écologiques de notre modèle économique. Encore un exemple : y-a-t-il une contradiction entre notre projet et la sociologie de notre association ? Cessons de croire que nous ne sommes pas dans le monde du travail ! Contradiction entre Pouvoir et contre-pouvoir ? : la frontière est ténue. Une section syndicale dans une entreprise c’est du contre-pouvoir. Mais si on met en place des comités d’autogestion, c’est du pouvoir... Pas si simple, là oui il y a une contradiction. Pour finir, nous ne devons plus évacuer la question du rapport au politique, démocratiquement.

Nikonoff Jean-Marie (Harribey) a raison de dire que ces contradictions sont insolubles. Mais il nous faut faire des choix, parfois contradictoires. Exemple : est-ce que ce mouvement (et attac) a pour objet de défendre des valeurs ou d’y ajouter des alternatives concrètes ? Un choix, en termes de stratégie, très important. Autre exemple : doit-on être de tous les collectifs ou les dépasser et développer notre propre autonomie ? Si nous patinons, c’est bien parce qu’il y a des choses qui ne sont pas claires. Nous avons en face de nous une logique néolibérale très cohérente et nous avons besoin d’une même cohérence. Ainsi nous avons une critique forte du libre échange mais nous n’avons rien à y opposer. Idem du chômage. Ceci exige de continuer à débattre pour parvenir à des choix. Nous donnons une impression de flou. Le mot d’ordre sur lequel la mouvance altermondialiste (un autre monde est possible) rompait avec "la fin de l’histoire". Mais au bout d’un moment il faudra bien dire quelle est cet autre monde. Il faut illustrer, petit à petit cet autre monde : avec ou sans croissance, avec ou sans nucléaire, avec ou sans plein-emploi ?

Khalfa Je suis perplexe, car ne voyant aucune contradiction dans ce que vient de dire Jacques. Pour construire des alternatives concrètes, il faut des valeurs. Bien sûr, il faut construire attac, et avec un objectif, comme nous l’avons jusque là construit. J’ai mis en garde contre une vision totalisante. A propos de croissance/décroissance on ne peut pas seulement choisir l’un ou l’autre. Il faut plutôt dépasser ces clivages binaires. Idem sur le chômage (voir d’ailleurs le bouquin d’attac sur le sujet, avec des alternatives). Tu essaye de nous enfermer dans un débat dychotomique qui me paraît ridicule. Il faut que nous fassions la démonstration de l’utilité d’attac. Comment ? En faisant des victoires partielles qui transforment la vie des gens. C’est le défi central, modifier le rapport de force, mener des stratégies victorieuses.

Nikonoff Tenons compte du fait que le mouvement syndical ne parvient pas non plus à obtenir des victoires. Ne donnons pas l’impression que tout repose sur nos épaules. Ne nous plaçons pas au-dessus.

Cassen La question du poids d’attac est majeur, même si je ne parle pas de stratégie massive de recrutement. Le message que nous faisons passer, la mobilisation, l’éducation, c’est un travail de fourmi que chacun réalise chez lui, au travail, dansla rue. Il y a même une corrélation entre les mouvements sociaux et le recrutement à attac. Nous avons décidé de mettre en place des rencontres bilatérales massives avec des pays voisins (200-300 personnes par rencontre), Espagne, Allemagne, Suisse, Belgique, Italie. Donc pas seulement pour que l’appareil se rencontre mais des militants, pour se connaître, dans nos différences, et échanger.


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