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Les origines de la crise grecque
article publié le 27/05/2010
auteur-e(s) : Attac France

La crise provient en grande partie des difficultés que rencontre l’État grec pour financer son budget en déficit, et faire face à une dette publique importante.


D’où vient la dette grecque ?

La dette grecque a plusieurs origines ; en premier lieu, la crise financière de 2007 et le renflouement des banques en 2008. Les États se sont alors endettés hors de proportion pour sauver les banques et relancer l’économie, sans condition, c’est-à-dire sans placer le secteur financier sous contrôle public.

En conséquence de quoi, après 2008, on a assisté à un gonflement de la dette publique d’un grand nombre de pays, dans un climat économique morose. La baisse de l’activité s’est traduite par une baisse des recettes fiscales d’une part, et par l’augmentation du chômage de l’autre.

Il existe par ailleurs une origine plus lointaine : l’application, à l’échelle européenne, de politiques néolibérales particulièrement prégnantes depuis l’adoption du Traité de Maastricht. En Grèce, comme dans les autres pays européens, ces politiques menées pendant les deux dernières décennies se sont traduites par une baisse continue de la fiscalité.

Afin de subvenir à la baisse des recettes fiscales, les Etats ne peuvent pas emprunter auprès de la BCE, au nom de l’orthodoxie monétaire qui prévaut dans la zone euro : ils doivent se financer sur les marchés financiers, à des taux incertains, ce qui a participé à l’augmentation du poids de la dette [1].

Enfin, en l’absence d’ajustements budgétaires (c’est-à-dire d’un véritable « gouvernement économique » de la zone euro), les inégalités entre les économies de la zone euro ne tendent pas à se résorber, au contraire : l’inflation – plus forte en Grèce que dans le reste de la zone euro – a contribué à rendre le prix des produits grecs trop élevé pour être compétitif. De ce fait, la Grèce importe plus qu’elle n’exporte : le déficit commercial de la Grèce a contribué au gonflement de sa dette extérieure publique et privée.

Et la corruption ? La retraite à 53 ans ? L’évasion fiscale ? Le marché noir ? Le treizième et quatorzième mois des fonctionnaires ?

Il faut bien comprendre qu’il y a un enjeu à vouloir mettre sur le dos des Grecs tous les malheurs qui les accablent. Cela présente en effet l’avantage de mettre de côté les causes « structurelles » évoquées plus haut, et notamment la responsabilité des marchés financiers, ou d’une zone euro dépourvue de mécanismes d’ajustements budgétaires.

Il ne s’agit pas bien sûr de nier en bloc le rôle propre joué par la structure de l’économie grecque. Plusieurs facteurs ont contribué à dégrader les finances publiques grecques. En premier lieu, l’importance des dépenses militaires (4% du PIB, contre 2.4% en France) qui font le bonheur des vendeurs d’armes français… On remarquera que la réduction des dépenses militaires grecques n’est pas demandée par les gouvernements européens !

Le poids du secteur informel, équivalent à 35% du PIB grec, entraîne par ailleurs un manque à gagner pour l’État grec estimé à 20 % des recettes fiscales. Il s’explique par le des professions libérales, des artisans et des entreprises d’échapper à l’impôt Par ailleurs, la faiblesse des salaires en Grèce incitent les ménages à cumuler des emplois dans le secteur informel.

Il faut cependant se méfier de certains arguments, parfois amplement relayés par les médias, qui s’avèrent faux (comme la « retraite à 53 ans ») ou trompeurs (les « treizième et quatorzième mois »). D’autres relèvent plutôt du cliché, voire de la morgue et du mépris, comme la dénomination « PIIGS » pour Portugal-Irlande-Italie-Greece-Spain (utilisée par certains opérateurs des marchés financiers pour désigner les États européens fortement endettés).

La Grèce était-elle donc dans une situation si désastreuse ?

Pour en juger, il faut revenir au départ de la crise. Le gouvernement grec annonçait en 2009 un déficit autour de 6 % du PIB. D’après un article du New York Times , Goldman Sachs aurait aidé la Grèce à « maquiller » ses comptes, et aurait joué un rôle de conseil jusqu’en 2009, date à laquelle le gouvernement grec aurait refusé un outil financier permettant de repousser à une date plus lointaine le poids de la dette.

George Papandréou, arrivé à la tête du gouvernement en octobre 2009 décide de dévoiler la réalité des chiffres : un déficit de 12,7 % du PIB et une dette publique de 300 milliards d’euros fin 2009 (113 % du PIB).

Des chiffres qui sont à relativiser : la dette publique représente 197% du PIB au Japon, 127% en Italie, 92% aux Etats-Unis et en France, 82% en Allemagne. S’agissant du déficit, ils s’élèvent à 14% en Irlande, à 12% au Royaume Uni, entre 10% et 11% aux Etats-Unis et en Espagne…

L’annonce du Premier Ministre grec a donné le signal à une première vague de spéculation sur la dette grecque. La dette grecque étant détenue dans une large mesure par des investisseurs étrangers, elle se trouvait particulièrement exposée à la spéculation.

Les spéculateurs sont comme les loups, ils s’attaquent en premier aux plus petits et fragiles. Ils n’hésiteront toutefois pas à s’attaquer aux plus gros, dont l’Espagne et l’Italie. La spéculation leur permet de gagner de l’argent en créant des situations de crise et de panique qui font varier les cours et les taux d’intérêt, source de profits énormes pour les spéculateurs.

Quel est son fonctionnement ? Voir "Le rôle des marchés financiers"

Références :

- Crise financière, les six étapes d’un désastre, par Pierre Rimbert

- Un pays peut-il faire faillite ? par Laurent Cordonnier

- La dette publique, ou la reconquista des possédants, par Frédéric Lordon

- Nous sommes tous Grecs ! Les marchés financiers à l’assaut des droits sociaux en Europe, par Attac France

- Désintox : les Grecs et la retraite à 53 ans, par Agoravox

Notes

[1] Conformément à l’article 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) reprenant l’article 104 du traité de Maastricht.


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