Taxe Tobin : l’initiative politicienne de Nicolas Sarkozy

lundi 9 janvier 2012, par Jean-Marie Harribey, Le Nouvel Observateur

Tribune parue en ligne sur le Plus du Nouvel Observateur.

Taxer les transactions financières, Jean-Marie Harribey, ancien président d’Attac, est pour depuis des années. Il ne se réjouit pas pour autant que le président français défende subitement cette mesure.

Que Nicolas Sarkozy propose aujourd’hui l’instauration de la taxe Tobin marque son incompréhension totale de la crise que nous traversons depuis quatre ans et demi, ainsi que l’impasse dans laquelle il se trouve concernant les solutions à mettre en œuvre.

Que les choses soient claires : Attac est favorable depuis 13 ans à l’instauration d’une taxe sur les transactions financières. Ce n’est pas maintenant que nous allons lâcher. Mais cette mesure doit s’inscrire dans un champ plus vaste et ne pas se limiter à une annonce politicienne comme celle que Nicolas Sarkozy nous présente.

Une initiative politicienne

Nous assistons à une volte-face sidérante du gouvernement sur la question de la taxation des transactions financières. Jamais un tel changement de position ne s’est opéré en si peu de temps. Il y a deux mois encore, la taxe Tobin était inefficace et impossible à mettre en place. Ce n’était pas franchement une nouveauté : depuis 10 ans, les gouvernements de droite mais également de gauche n’ont pas voulu de cette mesure - souvenons-nous du rapport remis à Dominique Strauss-Kahn en 1999, alors qu’il était ministre de l’Economie et des Finances, qui déglinguait complètement la taxe Tobin. Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy la défend comme si de rien n’était.

Pourquoi une telle volte-face ? La raison est bien évidement politicienne, nul ne peut en douter à quatre mois de l’élection présidentielle et à cinq des législatives.

Le bilan de Nicolas Sarkozy est exécrable : il a échoué sur tout (le pouvoir d’achat, l’emploi, la régulation de la finance, la taxe carbone, etc), excepté pour faire des cadeaux aux plus riches. Il lui faut donc occuper le terrain et comme il est malin, il a choisi une mesure qui recueille un écho relativement favorable dans l’opinion publique, compte tenu de la crise. Voilà pourquoi il opère ce revirement à 180 degrés, prenant de surcroît l’initiative d’agir seul au niveau européen.

Mais il ne faut pas se leurrer. Même si François Fillon présentait en février un projet de loi sur une taxation des transactions financières, il semble qu’elle ne porterait que sur les actions et non sur toutes les transactions financières, et elle ne pourrait être mise en œuvre avant la fin du mandat de Nicolas Sarkozy. C’est donc le président suivant qui en hériterait.

Taxer oui, mais pas dans n’importe quel cadre

L’idée d’une taxe Tobin fait son chemin. Depuis mars 2010, le Parlement européen a acté à trois reprises le principe d’une taxe sur les transactions financières. L’été dernier, la Commission européenne s’est elle aussi déclarée favorable à une telle mesure, à l’horizon 2014. En France, le Sénat a adopté, depuis qu’il est majoritairement à gauche, le projet d’une taxe de 0,05% visant l’ensemble des transactions à compter du 1er juillet 2012. Les choses restent néanmoins en suspens tant que l’Assemblée nationale est à droite.

Mais il faut bien comprendre qu’Attac défend la taxe Tobin dans le cadre de mesures plus vastes, qui permettraient la mise au pas et le contrôle démocratique des activités bancaires, à savoir :

  • Le contrôle de la banque centrale et la socialisation des banques.
  • La séparation entre les banques de dépôts, qui financent l’économie, et les banques d’affaires, qui servent à la spéculation.
  • La mise au ban des paradis fiscaux, notamment via l’interdiction des filiales de banques dans ces paradis

C’est toujours dans cette même veine que nous menons campagne en ce moment - aux côtés d’autres associations, de syndicats et de certains partis politiques - pour réaliser un audit citoyen sur notre dette publique. Il s’agit de déterminer quelle part de cette dette - 1600 milliards d’euros au total ! - est illégitime, c’est-à-dire due aux allégements fiscaux et aux sauvetages en catastrophe des banques et non aux dépenses publiques.

Voir en ligne : http://leplus.nouvelobs.com/contrib...